15/12/2010

Jouer le jeu de X où X est un parti politique

GAVER-LES-OIES-EN-1958.jpgIl ne faut pas croire tout ce que l’on vous dit. Les journalistes, oui, les journalistes sont tous pourris. Et surtout pour Micheline Calmy-Rey, qui fraîchement descendue, en deux-chevaux, de Berne a préféré s’entretenir avec les vrais gens, la populace, ‘’pas de journalistes’’ nous expliquera une attachée de ‘’com’’ aux cheveux gras. But de la manœuvre, je cite : ‘’engager un débat spontané’’. J’abonde dans ton sens, Micheline (oui nous étions voisins), les journalistes ne sont pas spontanés, je rajouterai même : ils sont tous fourbes.

Une remarque semble très à la mode au sein de la profession (journaliste, pas attachée de communication, ni Conseillère Fédérale). Elle consiste en cette suite de mots : ‘’arrête d’en parler, tu joues le jeu de l’UDC’’.

Le parti politique est bien entendu interchangeable, la remarque reste valable. Exemple : ‘’arrête de jouer le jeu du MCG’’ ou ‘’arrête d’en parler, tu joues le jeu du MCG’’, ou encore ‘’oh, tu joues le jeu du MCG’’. Vous l’aurez compris, le ‘’ arrête, tu joues le jeu des socialistes, des libéraux et des radicaux’’ est beaucoup moins fréquent. Enfin, ‘’arrête, tu joues le jeu du PDC’’ n’a quasi jamais été expulsé par une bouche normalement constituée.

La question est la suivante : depuis quand un journaliste dispose-t-il d’un droit de vie ou de mort sur une information, sous prétexte qu’elle ne lui plaît pas, ou qu’on en parle trop? Et quitte à dégouliner de bons sentiments, je rajoute : ce n’est pas le média qui nourrit l’actualité, mais l’actualité qui goinfre le média.

Au journaliste ensuite de décider s’il souhaite se goinfrer (foie gras poêlé au cidre d’huile de coude, bœuf Wellington nappé d’hanchois, tarte Tatin aux moules, et Williamine coupée au jaune d’œuf). Au journaliste surtout, de méticuleusement trier l’aliment qui frottera ses papilles gustatives.

Je persiste et signe, comme le dit si bien, notre plus fidèle auditrice, Marine, mais la question de savoir si un journaliste joue le jeu de tel ou tel parti n’a pas de sens. Ce qui en a un, par contre, c’est la pertinence et la valeur informative, de l’information donnée. Vous me direz qu’une information est par nature informative, je vous répondrai malheureusement : pas toujours.

En clair.

Le fait d’annoncer que Kadhafi aime s’accoquiner d’une pulpeuse infirmière blonde est-il pertinent ? Peut-être, à la lumière des bonnes relations entre la Suisse et la Libye, reste que sa valeur informative approche le zéro.

Notifier qu’Eric Stauffer veut ‘’renvoyer les racailles dans des cercueils’’ est-il pertinent ? Sûrement, sachant que le MCG présente des candidats à une élection. L’électeur doit connaître les positions de celui qu’il élit.

Reporter les derniers propos sur la lapidation de Nicolas Blancho, président du Conseil Central Islamique suisse? Oui si on précise le peu de nombre de musulmans qu’il représente.

Enfin, diffuser le nouveau clip du PDC ? Valeur informative? Nulle. Ah non, Christophe Darbellay nous rappelle qu’il ne faut pas fermer les yeux devant la misère.

Alors beaucoup d’entre vous ne partageront sûrement pas la réflexion, j’en conviens. Reste qu’un journalisme omniscient, et responsable de la bonne morale, c’est aussi lourd qu’un foie gras poêlé au cidre d’huile de coude, un bœuf Wellington nappé d’hanchois, une tarte tatin aux moules, et une Williamine coupée au jaune d’œuf.

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