09/12/2010

Genève: rive droite ou rive gauche?

Lac.jpgEditorial Radio Cité Genève, 9 décembre 2010

Genève.

Genève est une ville fantastique, multiculturelle ou ‘’multikulti’’ comme disent nos amis germanophones. Genève est riche, pas d’argent évidemment, mais riche de gens différents, des gens d’ici bien sûr, des gens de là-bas aussi, et enfin des gens vraiment d’ailleurs, les vaudois par exemple. Comme aime nous le rappeler notre mairesse Sandrine S., avec tellement de sensibilité, d’ouverture et de compassion, ‘’ Genève est une ville cosmopolite et métissée, qui, dans la tradition de l’accueil et du refuge, s’est construite avec les étrangers, qu’elle a su intégrer ’’. Indigeste mais tellement beau, Sandrine.

Genève est habité par une mystérieuse population : le genevois. Comprenez par là, celui qui habite le canton de Genève, et non pas le genevois pure souche, puisqu’à force de métissage ou d’exil en valais, ce spécimen a quasiment disparu de nos contrées.

Il existe deux types de genevois : le genevois rive droite, et le genevois rive gauche.

Tous les séparent. Un lac déjà, c’est le lac de Genève. Seuls quelques mouettes bavardes, des cygnes gris, et des silures sont accrédités à passer d’une rive à l’autre. Ne vous en faites pas, un pont sponsorisé par la fondation Wilsdorf sera bel et bien construit en 2073. Il portera le nom suivant : le Ferrazino’s bridge, construit en crottes séchées de Laponie, et en fer rouillé, importé d’un ancien complexe minier de Chelyabinsk, charmante petite bourgade de Russie.

Tous les séparent, notamment en termes de mœurs. A droite, on se reproduit avec ses semblables, un peu comme dans le haut-valais. A gauche, on fait quelques infidélités en s’acoquinant parfois d’une étudiante russe de la Servette, d’une stagiaire avocate bulgare des Pâquis ou alors d’un homosexuel colombien de la Jonction. En matière d’achat, à droite, très très pauvre: Denner, très pauvre, c’est la Migros, un peu moins pauvre c’est la COOP, et enfin pour ceux qui ont grimpé socialement, le graal de la réussite sociale : la Placette.

A Gauche, c’est une évidence : le Grand-Passage.

En matière culturelle, là aussi, les habitudes ne sont pas les mêmes. L’un préfère un bon vaudeville ''popu'' au théâtre de Carouge, l’autre ne jure que par la Comédie, histoire de ronfler tranquillement sans avoir à parler à sa femme. Le jeune ‘’rive droite’’ va se droguer à l’Usine, se saouler à la Sportive, ou alors, s’il a fait des études, avaler un café et réciter du Gainsbourg au Remor. Le jeune ‘’rive gauche’’, lui préfère le Java, champagne et bonne musique, les conversations philosophiques. Et s’il n’a pas trop d’argent, existe toujours la SIP, où il pourra, sans trop de difficultés, rencontrer une jeune puplingeoise de bonne famille, pas d’assez d’argent pour s’acheter une Audi TT, elle aussi.

Alors qu’ont-ils en commun ? Ils râlent.

Ils râlent tout le temps, pour n’importe quoi. Une piste artificielle de ski inaugurée au moment même où l’on célèbre la journée mondiale du climat, les TPG qui ne sont même pas foutus d’assurer leur travail, le seul jour de l’année, où on a besoin d’eux, l’infecte décoration de l’île Rousseau, les suisses-totos qui ne votent pas comme nous, la hausse du prix du billet du bus (c’est vrai en comparaison de Paris ou de Londres, c’est vraiment trop cher !), la Migros de Florissant qui est vraiment plus chouette que celle des Charmilles, ou encore, les dealers qui nous empoisonnent la vie. C’est vrai, on en croise souvent du côté de Cologny.

Vous voyez, c’est tellement facile de voir la vie en clichés. C’est arrangeant, c’est commode, c’est réducteur, c’est parfois drôle. En tous les cas, ça nous simplifie grandement la vie, parce que parler en nuances, en degrés, en incertitudes, ou encore en doutes, c’est beaucoup trop éreintant pour notre cerveau.

 

Crédit Photo: Anne-Laure Martin

Les commentaires sont fermés.