02/12/2010

Quand le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre

pic-1.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 02.12.10

La neige. Blanche, paradoxalement froide à son contact, mais terriblement chaleureuse à l’effet qu’elle éveille. Délicatement, elle s’est enroulée sur nos arbres, sur un balcon, sur un lampadaire, sur un détail. Le nez d’un enfant, la coiffe d’une grand-maman, un vieux bull-terrier boiteux.

Silencieuse, elle aura réussi à déchainer, ce que d’autres passeront leur vie à provoquer : la fascination. Elle aura réussi à transmettre, ce que d’autres ne susciterons jamais : la plénitude. Elle sera parvenue, enfin à nous faire… taire.

 

© Anne-Laure Martin

Un silence nourricier, apaisant pour un instant la fureur du monde, la neige a coulé sur la ville, comme un drap que l’on referme sur soi, comme du chocolat encore chaud sur une fraise congelée, comme un regard de celui ou celle qu’on aime dans une soirée trop bruyante, le silence remplace plus souvent qu’on ne le pense, ce qu’expulsent des bouches.

Comme un mot qui nous fait du bien, écrasant dans un moment de pure vérité, tout ce qui fait de nous des Hommes : remplir son temps avec du rien.

On remplit souvent notre vie de rien. Le problème, c’est que le rien de l’un, peut parfois être l’essentiel de l’autre. Alors que ‘’faire le ménage’’ est une tâche irréalisable pour l’un, elle est une preuve de considération pour l’autre. Alors qu’une votation est capitale pour celui-ci, elle est purement et simplement une perte de temps pour celui-là.

Autre exemple : le criminel étranger est une réelle préoccupation pour l’habitant d’Appenzell, elle l’est un peu moins pour le genevois.

Et la liste est encore longue, certains pestent contre les TPG, d’autres se demandent s’ils peuvent resquiller, une vieille dame s’inquiète de ne pouvoir faire ses courses, par peur de chuter, un jeune homme se demande bien quel boulot il pourra choisir, ma voisine n’a plus d’amaretto pour accueillir son petit chéri, et Paul, se demande si on l’appellera cette année pour passer Noël en famille.

Rassurez-vous, cette délicieuse et ingérable digression est bientôt morte. Parce que la neige, elle, a fondu.

La neige, sirène ou cheval de Troie, nous a tous eu, pour se transformer en infâme bouillie. Grise. L’infâme succube était bien là au réveil.

On a tous retrouvé l’écume aux lèvres, les yeux injectés de sang. On a tous retrouvé nos ennuis quotidiens : l’eau pas assez chaude, la nourriture infecte du seul restaurant qui jouxte notre travail, les 460 francs qu’il faudra dépenser pour s’acheter des pneus ‘’neige’’, les programmes télé qu’on se force à regarder pour faire plaisir à l’autre, ou encore Robert Cramer qui revient sauver Mark Muller.

Et pourtant, vous le savez autant que moi, on dépense souvent de l’énergie pour des futilités. Alors un grand merci à la neige, et à ceux qui vous aiment, et qui vous permettent, enfin, pour un instant, d’oublier.

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