30/11/2010

La rengaine

Petula.jpeg‘’Une vie c'est un peu comme les pages d'un roman: à chacun son destin et sa part de tourments’’. C’est ce que chantait déjà avec un mielleux phrasé Petula Clark. Seulement la ciguë a remplacé le miel, le refrain s’est mué en rengaine. Nous ne sommes plus en 1970, bienvenue en 2010. La rengaine a du succès depuis quelques années : ‘’l’UDC est un parti populiste, xénophobe et raciste’’.

Loin de moi l’idée de juger le parti démocrate du centre, je constate juste que 1'398'360 helvètes ont répondu favorablement à leur initiative. Je constate également avec quelle véhémence, une partie de la presse a condamné le vote du 28 novembre. Et je constate enfin que certains habitants de notre pays, ont eu honte d’être suisse en ce dimanche d’automne, en tous les cas, c'est ce qu'ils déclarent.

Je le disais déjà hier, les présidents de tous les autres partis se sont accusés mutuellement, rejetant sur l’un ou sur l’autre, l’issu du scrutin. Pas un, n’aura au final avoué sa contribution à l’échec devant l’UDC. Parce que visiblement, le parti agrarien est pour tous, le parti à abattre. Parce que visiblement, aucun de ces partis ne sait quoi faire. A part prier, espérer, persifler ou encore siffloter, la même rengaine.

A part constater, rassurez-vous, j’arrive aussi à me poser des questions.

Mais qui sont ces 1'398'360 helvètes ? Qui sont ces 1'243'325 autres personnes qui ont refusé de renvoyer le criminel étranger ? Enfin, qui est ‘’ce suisse sur deux’’ qui n’en strictement rien à faire des étrangers et des barèmes fiscaux ?

J’aimerais aussi savoir qui parmi, ces suisses qui ont honte d’être suisses, s’engagent autrement que par la parole, dans un statut facebook ou une discussion de coin de bar ? Je ne sais pas: dans le milieu associatif, en politique, ou simplement dans un sourire à un mendiant crasseux ? Le problème, souvent c’est que la crasse, comme un sourire, a de bon qu’elle ne coûte pas cher.

Nos autres présidents de parti devraient peut-être s’intéresser d’avantage à comprendre la motivation des électeurs, de leurs craintes, de leurs attentes, et surtout en quoi ils ont failli. Changer d’arme pourrait les aider, de discours, sûrement.

Reste qu’au final, l’électeur a la mémoire courte. Il a déjà oublié qu’on avait interdit les minarets. Il oubliera sûrement qu’en Suisse, on renvoie les étrangers criminels de manière systématique.

Ne lui restera en tête, que la même rengaine, et une rengaine, c’est comme une chanson de Grégoire ou de Petula Clark, on la déteste mais on la sifflote tout le temps. Une rengaine, c’est facile, mais ça ne sert à rien.

En 2011, à une amère ciguë, ils choisiront le refrain mielleux.

29/11/2010

L'irritation

Lady.jpgBonjour. Si vous êtes étrangers, tapez 1, si vous êtes criminels, tapez 2, enfin si vous êtes étranger et criminel: nous nous occupons de vous. Nous allons bientôt procéder au décollage. Les hôtesses de l'air vous apporteront, dans quelques instants, un léger rafraîchissement.

Pour les autres bienvenue, à Genève. Genève, un monde en soi. Genève vous accueille à bras ouverts, entre 8h30 du matin et 19h00.

Je ne sais pas vous, mais moi, ces votations m’ont irrité. Aucune crème n’ayant réussi à calmer l’apparition de ces «petits boutons noirs» hier, c’est devant la télévision que j’ai essayé d’oublier ces démangeaisons épidermiques, ces éruptions cutanées, la violence des plaques tectoniques à fleur de peau.

L’irritation avait débuté il y a bien longtemps déjà. C’était un 24 juin 2009. Là, au bord du lac, l’air fleurait bon l’algue lémanique, mal assis sur une chaise mal conçue d’un glacier mal foutu, j’apprenais, non pas que le Falcon de la Confédération revenait le ventre vide de Tripoli, mais bien que ce même Falcon pourrait repartir de Berne le ventre plein: l’UDC avait déposé son initiative: ‘’Pour le renvoi des Étrangers Criminels’’.

Ni une ni deux et apprenant la nouvelle, je sursauta de ma chaise, poussant par inadvertance au passage, un vieil accordéoniste tzigane et un joueur de bonneteau dans la rade. Direction l’office fédéral de la Statistique. Soixante-trois francs plus tard (je ne voyage qu’en première classe), j’arrive donc à destination: espace de l’Europe numéro 10, Neuchâtel.

J’y apprends que 38 tueurs de poules, 295 brigands, 927 Robins des Bois, 2996 vendeurs de coussins au chanvre, 128 pervers et 2 sado-masochistes sont concernés par l’initiative UDC. Une année et demi plus tard, c’est fait SVP. La Suisse l’accepte à presque 53 %. Au total, 4200 vilains, et c’est sans compter ceux qui fraudent l’assurance sociale, peuvent désormais être renvoyés dans leurs pays. Enfin à quelques détails près.

Ce qui était irritant en 2009 est resté irritant en 2010.

La Gauche gémit de ne pas avoir les mêmes moyens financiers que les autres; sans pour autant faire son mea culpa quant à son cafouillage de début de campagne. Le centre-droit, lui, abuse du contrôle-c, contrôle-v en copiant, mais de manière honorable, le texte originel du parti agrarien. Sa force propositionnelle s’est rapprochée de zéro sur le domaine de la sécurité, il ne fait plus que réagir, au lieu d’agir ou de se taire.

Hier, aucun président de parti n’avouait avoir perdu. La faute à qui? Aux autres forcément.

Hier, l’irritation n’était pas due au fait de lire ou d’entendre les éternels aboiements au populisme, du dégoût des suisses à être suisse, ni de voir Eric Stauffer se dandiner derrière la caméra de la TSR en direct de l’hôtel-de-Ville. Ni même de l'UDC.

Non, l’irritation était ailleurs. Celle de voir Yvan Perrin, toujours sur la chaîne de télévision nationale, sagement assis dans son fauteuil, constatant avec quelle efficacité les autres partis étaient incapables de lui répondre. Incapables de répondre aux suisses.

Un combat sans adversaires, c'est ça la véritable irritation. Mais rassurez-vous, ce qui est irritant en 2010 sera aussi irritant en 2011.

25/11/2010

Le Parfum

Cochon.jpgPolaroïd 19 :29

Les sentez-vous?

Obèses créatures qui se tapissent dans l'ombre, les babines humides. Dans la froideur des couloirs aux néons clignotants, nul bruit, sauf peut-être une infinitésimale goutte de salive claquant comme un fouet dans l'air, s'écrasant sur un linoléum vert pâle.

 

L'odeur est enivrante, probablement un vieux Guerlain. Mais elle en cache une autre, la sueur salée des certitudes.

 

Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux

Etranger.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 25 novembre 2010

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’. Eux, ce sont les suisses. Le message est signé de la plume de notre confrère, français, Emmanuel Rouxel. ''RouXXXel'' diront certains suisses et les parisiens. L’article et ce titre sont parus dans le Messager : hebdomadaire haut-savoyard, hier.

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’.

On y apprend que, sur les 14 000 Suisses ayant reçu une amende, française, seule la moitié auraient réglé leur contravention ! Pire encore, les suisses sont des chauffards ! Ne possédant pas de permis à point, ils se permettent, à coup de francs suisse de s’en foutre des répercussions.

On y apprend également que les genevois sont racistes, à grosse louchée de racaille d’Annemasse, et de frontaliers voleurs d’emploi, et profiteurs : les suisses, en effet, sont la cause principale de l’explosion du coût de la vie en France.

Enfin, les suisses sont ‘’dominateurs’’ : profitant de la faiblesse de l’euro, ils en profitent pour dévaliser les magasins.

Alors faute avouée à moitié pardonnée : l’article n’est pas si véhément envers les petits helvètes. L’article est en fait plutôt séduisant. Alors que nous, traitons, les français de chauffards, eux, usent du même qualificatif. Alors que nous, ou certains, les blâment de tous les maux ; eux font pareil.

Ce qui est surtout amusant, c’est que l’on est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et les rancœurs sont multiples. Elles sont sociales, esthétiques, économiques, religieuses, culturelles, linguistiques, sexuelles ou encore géographiques.

On a tous détesté un jour, un chef, on a tous détesté des valaisans, des schwyzertütsch, on a tous détesté une fois, un type qui n'était pas comme nous, une bourgeoise puante, un socialo engagé, oui mais un peu trop, une blonde, un black, un grand maigre, un petit gros, une grande brune au parfum incommodant, un américain, un dealer, un trader vénal, un ouvrier militant, un chrétien bigot, un vendeur de kebabs absent.

On est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et puis après, on s’est dit que notre chef avait de sacrés problèmes avec sa femme, que le suisse-allemanique pouvait desserrer les fesses, que le petit gros avait eu honte toute sa vie d’être obèse, que la blonde avait toujours rêvé d’être brune, que la bourgeoise donnait 500 francs tous les mois, à Emmaus, que l’américain était né au Pakistan, et que l’ouvrier rêvait de travailler dans la finance.

L’étranger, il est là tous les jours. Celui du troisième, celui de la rue d’à côté, de l’autre ville, de l’autre canton, de l’autre pays, de l’autre langue, de l’autre continent, de l’autre corpulence, de l’autre façon de conduire et enfin de l’autre confession.

Tout ça pour dire ? Pas grand chose en fait. Si ce n’est qu’un jour, ce que l’on appelle la région franco-valdo-genevoise ne sera plus, qu’un joli mot-composé sur un communiqué de presse, ou imprimé dans une rotative genevoise ou annemassienne.

Un jour, on comprendra enfin qu’un bassin d’environ un million de personnes, n’est rien en comparaison de Londres, Paris, Berlin, Cape Town, ou encore Montréal.

Au final, le pire, ce n’est ni les frontières, ni l’indice de masse corporelle, si vous portez une kippa surgelée, ou si vous prononcez Chamonixxxx au lieu de Chamonix.

Le pire, c’est d’en avoir peur. De l’autre. Mais je dois vous quitter ! Malheureusement, mon collègue veut me piquer ma place.

 

24/11/2010

La banderole

Vierge.jpgPolaroïd 12 : 49

On l'aura bien compris, Marie n'est pas si vierge qu'elle n'y paraît. ''Elle aime le sexe''.

Saint Pierre, lui, abhorre l'échange de fluides, les jeunes et la médiocrité picturale.

 

Les Vierges n'accouchent définitivement pas de Saints. Mais quel rafraîchissement ce matin!

κριτικός : qui discerne.

Paris.jpgÉditorial Radio Cité, 24 novembre 2010

En honneur à Guy Mettan.

Et si vous n’avez absolument aucune idée quant à l’identité de ce personnage, pourtant public ; dirons-nous alors qu’il est encore pour quelques temps, président du Grand Conseil.

Il est aussi victime du rejet des Vieux-Grenadiers. Étonnant ! Il est valaisan d’origine. On imagine que les amateurs de chasselas n’ont probablement pas voulu d’un féru de petite arvine.

Il est enfin accessoirement auteur d’un blog sur lequel il a récemment tiré le bilan de son année de présidence démocrate-chrétienne. Oui, Guy Mettan est aussi journaliste, il assiste d’une main de maître le club suisse de la presse. Il fût aussi dans ses plus espiègles années, rédacteur en chef d’un grand quotidien genevois.

Guy mettant empoigna la plume pour rédiger ses mémoires, intitulé : le bilan de moi-même, écrit par moi-même. S’il le peut, je le peux aussi. C’est ma façon à moi de lui rendre hommage aujourd’hui. Et quoi de plus révérencieux que de dédier, à un homme qui a toujours su garder son indépendance d’esprit, une hymne à la liberté de la presse.

Vous n’êtes pas sans savoir que la plus grande garden-party du gouvernement vient de fermer ses poternes. Ce sont les Automnales.

Alors je vous vois venir. Travailler dans une radio, détenue par une maléfique créature qui, de ses charmes envoûtants, a œuvré, avec le Malin, dans la destruction de la Foire de Genève, peut ''prêter à collusion''.

Ceci étant dit, si les faits s’avèrent véridiques, nul doute que je finirai transformé en crapaud boutonneux. Et probablement au chômage.

Non, là n’est pas la question. La question est la suivante : pourquoi ne nous a-t-on pas dit, ouvertement, que les Automnales étaient une magnifique fête, organisée par un brillant gouvernement, et payée par des contribuables, adeptes de Marie-Paul Belle ?

Qu’on organise des fêtes ne me dérange pas, et même si nous en sommes les aimables contributeurs. Ce qui me dérange un peu plus, c’est la dépêche de l’agence télégraphique suisse qui nous dit que les Automnales ont été un succès. Un succès pour qui ?

108'000 visiteurs, c’est 12'000 de moins qu’attendu, pas grave. 28'000 de plus qu'en 2009, soit. Mais c’est 52'000 de moins, au vu des 160'000 billets offerts gracieusement. A 10 francs l’entrée, c’est 1,6 million de francs, mais cela, personne n’en parle.

Ce qui me dérange aussi, c’est l’absence de sens critique sur la manifestation. Combien va-t-elle nous coûter ? Est-il vrai que les exposants sont payés pour s’exposer aux Automnales ? Si oui, combien ? Pourquoi?

Enfin ce qui me dérange encore, c’est l’absence de critiques quant aux 500'000 francs dépensés en marketing. C’est vrai, c’est ‘’peanuts’’ en comparaison du budget de l’Etat, et des 14 millions du MOA Club.

En fait, ce qui me dérange, c’est l’absence de sens critique tout court. Tout le monde s’en fout, on dresse des portraits élogieux, on se fait agent de communication décérébré, le qualificatif « reportage publicitaire » est certes lisible, oui, mais avec une loupe et une bonne acuité visuelle.

Bravo ! Merci à tous, la fête est finie, l’Automne avec. Guy, s’il vous plaît, revenez au journalisme.

 

''L'automne a beau se parer, comme une vieille coquette, s'orner de feuillages pourpres ou mordorés, il n'est que leurre et trompe-l'œil''.

23/11/2010

La recourite des écrevisses

PU.jpg23 novembre 2010

Ce qui a délié les langues hier, ce n’était ni les 48 employés de DHL licenciés (après avoir dépensé 14 millions pour une boîte de nuit, le Conseil d’Etat devrait sûrement arriver à dégoter un budget pour les aider), ni la conférence donnée par notre ministre de la Sécurité, Isabel Rochat, à l’Institut National Genevois (quoique, on y a appris que les joueurs de bonneteau seraient désormais systématiquement détroussés de leur gains quotidiens, et Dieu sait si ces dangereux criminels le méritent).

Non, ce qui a délié les langues hier, c’est la ‘’recourite’’ aiguë dont est victime Genève.

On l’apprenait de la bouche du directeur de la branche ‘’infrastructures’’ des CFF : l’ouverture du chantier du CEVA est toujours bloquée par 27 recours.

La ‘’recourite’’, c'est un peu comme attendre la beauté de l'automne et se plaindre des chaussées glissantes recouvertes de feuilles humides.

La ‘’recourite’’, c’est comme les étrangers: loin de chez nous, on souhaiterait les aider, au mieux les intégrer. Mais dès qu’ils franchissent le seuil de notre quartier ou de notre rue, on les imagine déjà à bord d’un charter, direction Tunis, Alger ou Zagreb, villes bien évidemment tirées au sort sous assermentation d’un huissier de justice.

En clair, tout le monde souhaite construire à Genève, mais pas à côté de chez soi.

Ce qu’il y a de plus beau dans le débat démocratique, le vrai, pas celui des alcôves ou de l’assemblée, mais celui de la rue, du coin du bar, ou de la pause café, c’est le nombre d’opinions, de certitudes, de faits et de mensonges qui s’y échangent. Au coin du bar ou de la machine au café, on refait souvent le monde, souvent aussi, avec peu de succès, mais au moins, on vit. Les prises de positions se succèdent : tantôt fausses, tantôt vraisemblables, les unes pertinentes, les autres chimériques, les ‘’sans-rapports’’, les digressions xénophobes, les parenthèses théologiques, ou encore les divagations ‘’éthylo-concentrées’’.

La ‘’recourite’’, c’est un peu comme ces discussions qui ne mènent souvent à rien. Elles ne sont pas absolument nécessaires, mais qu’est-ce qu’elles font du bien.

La ‘’recourite’’, c'est protéger le con du bien-pensant et inversement le bien-pensant du fou.

La ''recourite'', c'est peu ce qui relit encore le citoyen du pouvoir, et de rappeler au pouvoir qu'il n'est pas tout puissant.

La ‘’recourite’’, c’est chiant. Mais qu’est-ce que c’est utile à la démocratie.

Ah oui, j’oubliais. Dans la même veine, on apprenait aussi que les travaux de la plage des Eaux-Vives pourrait débuter au printemps 2013. En précisant, bien évidemment : ‘’si aucun recours n’est déposé’’.

Pas si sûr, au vu du nombre de défenseur d’écrevisses à pattes blanches qui sévissent dans la République.

 

22/11/2010

Odin

Odin.jpgPolaroïd 18 : 53

 

Romain de Sainte-Marie, Genève à Chaud. " Pourquoi s'attaquer aux criminels étrangers, et pas aux criminels tout court? ".

Réponse probable: parce qu'on ne peut pas renvoyer un titulaire de passeport suisse?

 

A quand une initiative pour réintroduire le bannissement?

 

14 millions, 160 000 billets et des écrevisses à pattes blanches

Ecrevisse.jpgÉditorial Radio Cité, 22 novembre 2010

Si vous avez été absent de notre chère République ces derniers jours, je me dois, dans la plus grande objectivité, cela va de soit, de vous rendre compte des évènements qui ont bouleversé l’actualité.

Le Canton de Genève règle désormais ses problèmes à coup de millions, 14 pour être exact. Il s’achète 20'000 mètres carré à Vernier pour conserver sa boîte de nuit préférée, le MOA Club. Promis, nous dit-on, les gendarmes, les pervenches et tout autre personne affichant un écusson genevois sur leur veste ne bénéficieront pas de la carte platine VIP et seront soumis à une fouille corporelle. Thierry Cerrutti, le représentant de la culture à Vernier fulmine, il n’a pas été mis au courant. Enfourchant sa mobylette, il se dirige tout droit vers le Grand Conseil.

Dans le même temps, Michel Chevrolet, sans domicile fixe depuis qu’il a décidé d’offrir son gîte à des étudiants ayant peine à se loger, conduit son bus de campagne, sa petite maison roulante, direction : les Automnales.Fan de Marie-Paul Belle, il a, lui aussi, pu profité des 160'000 entrées gratuites, généreusement offertes par un bienveillant ex-chambellan. Dans un rapide calcul mental, le candidat à la Mairie de Genève se dit que 160'000 billets à 10 francs l’entrée, c’est un 1,6 millions de francs. « C’est décidé, quand je serais Maire, moi aussi, j’investirai dans la culture ».

Pas de chance, pris dans ses pensées, il ne voit pas le cyclomotoriste enragé qui déboule sur le bitume. Et là, c’est le drame. Thierry Cerrutti est emmené d’urgence à l’hôpital cantonal, chambre 547, qu’il partage avec un hippie valaisan moustachu, et ce n'est pas Jean-Charles Rielle.

Notre élu verniolan est vert de rage. Faute à un majeur fracturé, il ne pourra pas voter ce soir sur les écrevisses à pattes blanches, sujet en votation au Grand Conseil. Son collègue de chambre, aveugle mais pas encore sourd, lui propose de voter à sa place. « Chantage, chantage, chantage » hurle Michel Chevrolet posté dans le couloir. « On a déjà condamné un élu de couleur pour fraude électorale, on ne va pas te condamner toi aussi ! », rajoute-t-il.

Ni une ni deux, trois infirmières bulgares accourent et tentent de maîtriser notre trio infernal. Manque de chance ou heureuse destinée, Eric Stauffer, victime lui aussi d’un accident de tracteur, débarque dans le couloir, pour pester contre cette prise d’otage. Organisant de suite une conférence de presse dans le hall de l’hôpital, il déclarera avoir été brutalisé, non pas par trois, mais par 120 infirmières, elles-mêmes tout bulgares.

Dans le même temps, et apprenant que le leader du MCG avait décidé de convoquer la presse, Monica Bonfanti et Isabel Rochat quittent immédiatement les Bains des Pâquis où elles profitaient d’une langoureuse séance de massage à deux (quelles petites coquines!), pour se rendre à l’hôpital.

La suite, vous la connaissez. Le Gouvernement genevois débloque des fonds spéciaux, puisque c'est sa nouvelle manière de faire.

Eric Stauffer est envoyé en vacances à Tripoli, où il pourra s’adonner à ses premières amours : la photographie.

Bernard Rappaz retournera cultiver l’abricot en Valais.

Michel Chevrolet, quant à lui, se voit offrir un abonnement général CFF en hausse de 3% pour sillonner la Suisse et mener campagne dans tout le pays.

Vous voyez, l’actualité, on peut tout lui faire dire à force de l’imaginer.

Quittant l’hôpital, Thierry Cerutti voyant, main dans la main, Monica et Isabel, sifflote : « Ah, qu’elles sont jolies les filles de mon pays ».

20/11/2010

Le gardien et la hyène

Black.jpgPolaroïd du samedi 13 : 15

Etonnant de poursuivre une hyène pour une affiche dont le contenu n'aura jamais été diffusé, in fine.

On ne retiendra qu'une interdiction (pardon, amputation) aux relents de censure. Une mise en garde amicale envers la presse. Un Conseil d'Etat prudent, mais délateur.

Et enfin, deux gagnants:  un gardien de chèvres et une hyène.

L'un les aura mis à genoux. L'autre pourra bomber le torse en 2011, histoire d'oublier qu'on lui avait refusé le magnum de champagne dans une boîte de nuit cantonalisée.

Pendant ce temps-là, au Grand Conseil, on vote sur les écrevisses à patte blanche, Rappaz, lui, tente de retrouver les barres vitaminées qu'il avait caché dans un coussin "enchanvré". Surveillé par trois infirmières bulgares, attentionnées cela va de soit, qui rêvent de passer leur soirée aux Automnales pour rendre hommage à Michael Jackson.

 

J'aime.

19/11/2010

L'outrage

Outrage.jpgPolaroïd 11 : 44

La vie est amusante.

On interdit la publication de quelques 400 affiches mettant en scène un homme réputé pour son sens de la démocratie, d'un guide qui a toujours préféré la parole aux bombes (rappelons-le, le bienveillant remet chaque année le prix des Droits de l'Homme), et qui n'a d'autre dessein que d'améliorer la cohésion entre nos différentes régions linguistiques.

Et de l'autre, on autorise la publication d'affiches qui se comptent en milliers d'exemplaires, mettant en scène des Faruk, des Yvan (prononcez Ivanne), Ismir et autres Detlef.

A en croire le Conseil Fédéral, un guide de montagne accompagné de quelques chèvres outré (le guide, pas les chèvres) vaut mieux que des dizaines de milliers d'étrangers pouvant se sentir eux-aussi outrés.

Amusant non?

18/11/2010

Supercalifragilisticexpialidocious

mary-poppins.jpgPolaroïd 11 : 24

L'Etat veut acheter le terrain et le bâtiment du MOA Club pour 14 millions, 19'639 m2.

Mark Muller, Nicolas Grange, Olivier Jornot, Michel Chevrolet, tous présents à un point presse du gouvernement.

Tous ensemble. Pour dynamiser Genève évidemment.

 

 

 

 

pic.jpgPolaroïd 12 :25

Eric Stauffer poursuivi par le CF sur plainte de la Libye.

Sans rappeler ceci (http://olivierfrancey.blog.tdg.ch/archive/2010/10/27/il-n...)

(...) Une option: et si un guide de la révolution libyenne décidait, dans un éclair de génie, pour le coup, avec autant de remous politiques et médiatiques, de s’emparer du sujet?  Le rire de la hyène résonne encore, Eric Stauffer aura réussi son coup. Nous, nous nous sommes rassurés. (...)

La majorité silencieuse

Crachat.jpgEditorial Radio Cité, 18 novembre

La Majorité Silencieuse.

On l’apprenait hier. Le dernier sondage GFS-SSR-SRG donnait l’initiative UDC pour le renvoi des étrangers criminels toujours gagnante. Son contre-projet, lui, rattrapait quelque peu son retard, mais pas suffisamment pour dépasser la barre de 50 %. En résumé : 54 suisses sur 100 approuveraient le renvoi de « ceux qui sont pas comme nous et qui commettent des atrocités » sous la forme agrarienne. Hop, tous dans la charrette, paysan, passe la cinquième.

Ce qui est très étonnant dans ce résultat, c’est qu’il est inversement proportionnel, me semble-t-il, au chahut suscité par les opposants.

D’un côté, l’UDC : vous avez Oskar Freysinger, et Oskar Freysinger et Oskar Freysinger, possédant une carte VIP Gold à Infrarouge. C’est vrai, parfois, un certain Christoph B. passe la Sarine sur invitation d’une banquière amazone, qui troquerait volontiers une nuit torride contre des petits câlins avec le museau d’un dada. Enfin, il reste un certain Yves N. Fort sympathique, mais fortement « décapillarisé », ce qui ne lui laisse aucune chance face à la crinière flamboyante d’Oskar.

Les opposants, c’est facile. C’est tous les autres. Et les autres sont bruyants. Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, c’est la majorité qui est silencieuse.

La question est simple. Qui sont ces 28,9 % qui ont voté UDC aux dernières élections fédérales ?

Un suisse sur trois vote pour le Schweizerische Volkspartei. En d’autres termes, si vous avez plus d’un collègue, et que vous ne travaillez, ni dans un syndicat, ni dans un sauna gay, cela veut dire que l’un d’entre vous, vote UDC. Si vous avez vous-même vécu mai 68 et qu’aujourd’hui, vous avez une grande maison dans une petite commune rurale, alors cela veut dire forcément que seulement l’un de vos deux collègues vote UDC.

Je le disais, la majorité est silencieuse, la minorité, elle, s’affole, gesticule, crie et conspue. C’est son droit.

Le problème est double. Le déni des réalités et le choix des armes.

Très Chère Minorité. Soyez courageuse. Dites-le à haute voix : un suisse sur trois est populiste et xénophobe. Au lieu de flinguer, de cracher, de dessiner mal à grosse louchée d’enfants envoyés dans les fours, osez le dire. Et traitez-les, eux, les 28,9% : de collabos, de nazillons ou de chemise brune. Aussi simple qu’un Faruk ou qu’un Ismar. C’est vrai, je vous l’accorde, vous ne vous abaissez pas à de telles pratiques.

Très Chère Minorité. Censurez, abhorrez, dénigrez, indexez, vomissez. Ce sont malheureusement les seules armes que vous avez trouvées pour leur faire face. Mais ça, c'est dommage. Parce que ce ne sont pas les bonnes.

17/11/2010

C'est un scandale!

CH.jpgPolaroïd 18 : 36

 

Léman Bleu, journal & Genève à Chaud. Sur la motion déposée par l'UDC genevoise sur la suspension de la taxe automobile.

Céline Amaudruz:  "Au lieu de coller des contraventions, ils [les agents municipaux] devraient mieux s'occuper des étrangers-criminels".

Je n'arrive pas,  moi non plus, à parquer ma jument. Que fait la Police?

© Crazy Horse

Christophe & Ricardo

LH.jpgChristoph et Ricardo.

Deux prénoms d’emprunt mais bien connus de notre rédaction.

Tous les opposent. La couleur de peau, tout d’abord, l’un a été le premier Conseiller National de couleur à franchir les portes du parlement, l’autre a été le dernier blafard Conseiller Fédéral à en sortir par la fenêtre ou la cave on ne sait pas, à coup de pied au derrière et scalpel dans le dos. Mais ne broyons pas du noir, c’est le jeu de la politique, et la politique est une guerre. Justement, le parti politique ensuite, l’un est UDC, l’autre est socialiste. Enfin, l’un est ultra riche, l’autre ultra pauvre.

Riche à pouvoir s’acheter un grand quotidien bâlois, la Basler Zeitung, l’autre à s’accrocher à son siège, il est vrai que sans les 120'000 francs qu’il gagne chaque année, les cadeaux de Noël se limiteront à un crayon gris Caran d’Ache pour le petit, une poupée Barbie, sans protubérance mammaires, ni cheveux blonds, ni jambes élancées, pour la fille. « C’est le modèle pour les pauvres » répond la vendeuse en ricanant.

Alors que Christoph a toujours été soutenu par sa horde d’agriculteurs, Ricardo, lui, est prié, ô seigneur, de quitter le parti, manu militari. On ne plaisante pas avec la fraude chez nos camarades. Il s’est donc exécuté hier. De quitter le parti, mais pas son siège. Malin le Ricardo.

Bon, il est vrai que le premier avait également été puni pour fraude électorale. En 94, le vil Christoph Blocher avait échappé à la justice pénale, grâce au refus de ses copains de lever son immunité parlementaire. Le petit Christophe n’avait alors reçu qu’un petit blâme.

Il est vrai, encore que, Christophe avait voté à la place de l’un de ses collègues, on est bien loin de 44 bulletins de vote que Ricardo avait signé lors de son élection au Grand Conseil en 2006.

Mais bon, nous dit-on. Notre socialiste « voulait aider les gens à remplir leur bulletins ». L’autre par contre, a agi de manière perfide, la trahison. S’adressant à sa collègue, Lisbeth Fehr, membre de son propre parti, il a dit : « Lisbeth, es gibt ein problem mit deinen Haaren ». S’éclipsant quelques minutes pour refaire son brushing, Christoph avait déjà appuyé sur le bouton, « probablement au cours du débat sur l'égalité entre hommes et femmes », apprend-on de la justice. Traître et misogyne, on est bien loin de notre innocente blanche colombe, qui a pêché par naïveté.

Ce que je propose. C’est qu’on rajoute « la fraude électorale » à la liste des crimes dans l’initiative du renvoi des confédérés-criminels, initiative des jeunesse socialistes.

Du coup, Christoph, au-revoir Bâle, retour Zürich. Ricardo, bye-bye Berne, retour à Berne, puisqu’il est Conseiller National Bernois. Christoph est satisfait, on n’aura jamais renvoyé un criminel pour aussi peu d’argent.

Je vous le dis, tous les opposent. Le pauvre s’accroche au pouvoir, le riche l’a bien évidemment abandonné.