25/11/2010

Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux

Etranger.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 25 novembre 2010

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’. Eux, ce sont les suisses. Le message est signé de la plume de notre confrère, français, Emmanuel Rouxel. ''RouXXXel'' diront certains suisses et les parisiens. L’article et ce titre sont parus dans le Messager : hebdomadaire haut-savoyard, hier.

‘’Nous sommes contraints de vivre à côté d'eux’’.

On y apprend que, sur les 14 000 Suisses ayant reçu une amende, française, seule la moitié auraient réglé leur contravention ! Pire encore, les suisses sont des chauffards ! Ne possédant pas de permis à point, ils se permettent, à coup de francs suisse de s’en foutre des répercussions.

On y apprend également que les genevois sont racistes, à grosse louchée de racaille d’Annemasse, et de frontaliers voleurs d’emploi, et profiteurs : les suisses, en effet, sont la cause principale de l’explosion du coût de la vie en France.

Enfin, les suisses sont ‘’dominateurs’’ : profitant de la faiblesse de l’euro, ils en profitent pour dévaliser les magasins.

Alors faute avouée à moitié pardonnée : l’article n’est pas si véhément envers les petits helvètes. L’article est en fait plutôt séduisant. Alors que nous, traitons, les français de chauffards, eux, usent du même qualificatif. Alors que nous, ou certains, les blâment de tous les maux ; eux font pareil.

Ce qui est surtout amusant, c’est que l’on est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et les rancœurs sont multiples. Elles sont sociales, esthétiques, économiques, religieuses, culturelles, linguistiques, sexuelles ou encore géographiques.

On a tous détesté un jour, un chef, on a tous détesté des valaisans, des schwyzertütsch, on a tous détesté une fois, un type qui n'était pas comme nous, une bourgeoise puante, un socialo engagé, oui mais un peu trop, une blonde, un black, un grand maigre, un petit gros, une grande brune au parfum incommodant, un américain, un dealer, un trader vénal, un ouvrier militant, un chrétien bigot, un vendeur de kebabs absent.

On est tous, l’étranger de quelqu’un.

Et puis après, on s’est dit que notre chef avait de sacrés problèmes avec sa femme, que le suisse-allemanique pouvait desserrer les fesses, que le petit gros avait eu honte toute sa vie d’être obèse, que la blonde avait toujours rêvé d’être brune, que la bourgeoise donnait 500 francs tous les mois, à Emmaus, que l’américain était né au Pakistan, et que l’ouvrier rêvait de travailler dans la finance.

L’étranger, il est là tous les jours. Celui du troisième, celui de la rue d’à côté, de l’autre ville, de l’autre canton, de l’autre pays, de l’autre langue, de l’autre continent, de l’autre corpulence, de l’autre façon de conduire et enfin de l’autre confession.

Tout ça pour dire ? Pas grand chose en fait. Si ce n’est qu’un jour, ce que l’on appelle la région franco-valdo-genevoise ne sera plus, qu’un joli mot-composé sur un communiqué de presse, ou imprimé dans une rotative genevoise ou annemassienne.

Un jour, on comprendra enfin qu’un bassin d’environ un million de personnes, n’est rien en comparaison de Londres, Paris, Berlin, Cape Town, ou encore Montréal.

Au final, le pire, ce n’est ni les frontières, ni l’indice de masse corporelle, si vous portez une kippa surgelée, ou si vous prononcez Chamonixxxx au lieu de Chamonix.

Le pire, c’est d’en avoir peur. De l’autre. Mais je dois vous quitter ! Malheureusement, mon collègue veut me piquer ma place.

 

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