23/11/2010

La recourite des écrevisses

PU.jpg23 novembre 2010

Ce qui a délié les langues hier, ce n’était ni les 48 employés de DHL licenciés (après avoir dépensé 14 millions pour une boîte de nuit, le Conseil d’Etat devrait sûrement arriver à dégoter un budget pour les aider), ni la conférence donnée par notre ministre de la Sécurité, Isabel Rochat, à l’Institut National Genevois (quoique, on y a appris que les joueurs de bonneteau seraient désormais systématiquement détroussés de leur gains quotidiens, et Dieu sait si ces dangereux criminels le méritent).

Non, ce qui a délié les langues hier, c’est la ‘’recourite’’ aiguë dont est victime Genève.

On l’apprenait de la bouche du directeur de la branche ‘’infrastructures’’ des CFF : l’ouverture du chantier du CEVA est toujours bloquée par 27 recours.

La ‘’recourite’’, c'est un peu comme attendre la beauté de l'automne et se plaindre des chaussées glissantes recouvertes de feuilles humides.

La ‘’recourite’’, c’est comme les étrangers: loin de chez nous, on souhaiterait les aider, au mieux les intégrer. Mais dès qu’ils franchissent le seuil de notre quartier ou de notre rue, on les imagine déjà à bord d’un charter, direction Tunis, Alger ou Zagreb, villes bien évidemment tirées au sort sous assermentation d’un huissier de justice.

En clair, tout le monde souhaite construire à Genève, mais pas à côté de chez soi.

Ce qu’il y a de plus beau dans le débat démocratique, le vrai, pas celui des alcôves ou de l’assemblée, mais celui de la rue, du coin du bar, ou de la pause café, c’est le nombre d’opinions, de certitudes, de faits et de mensonges qui s’y échangent. Au coin du bar ou de la machine au café, on refait souvent le monde, souvent aussi, avec peu de succès, mais au moins, on vit. Les prises de positions se succèdent : tantôt fausses, tantôt vraisemblables, les unes pertinentes, les autres chimériques, les ‘’sans-rapports’’, les digressions xénophobes, les parenthèses théologiques, ou encore les divagations ‘’éthylo-concentrées’’.

La ‘’recourite’’, c’est un peu comme ces discussions qui ne mènent souvent à rien. Elles ne sont pas absolument nécessaires, mais qu’est-ce qu’elles font du bien.

La ‘’recourite’’, c'est protéger le con du bien-pensant et inversement le bien-pensant du fou.

La ''recourite'', c'est peu ce qui relit encore le citoyen du pouvoir, et de rappeler au pouvoir qu'il n'est pas tout puissant.

La ‘’recourite’’, c’est chiant. Mais qu’est-ce que c’est utile à la démocratie.

Ah oui, j’oubliais. Dans la même veine, on apprenait aussi que les travaux de la plage des Eaux-Vives pourrait débuter au printemps 2013. En précisant, bien évidemment : ‘’si aucun recours n’est déposé’’.

Pas si sûr, au vu du nombre de défenseur d’écrevisses à pattes blanches qui sévissent dans la République.

 

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