16/11/2010

Le temps sur Genève est bien lourd.

Pluie.jpgHier, sur Genève, le temps avait donné raison encore une fois à William Sheller : il était bien lourd.

Un temps à rester chez soi. Un ciel sombre et oppressant à vous plomber le moral, une météo à rêver d’un autre lieu, d’un autre temps.

Ce fût le cas. Hier. Regarder ces gouttes de pluies glisser lentement sur le carreau de la fenêtre, n’aura jamais autant susciter d’images, de souvenirs et de réflexion.

C’est facile des gouttes d’eau, me direz-vous. Facile comme un couple, pourrait-on presque rajouter. Après s’être lentement rapprocher, elles commencent d’abord par s’effleurer, puis s’embrasser, pour inéluctablement finir par s’accoupler. Tiens ! Il n’y a plus DEUX gouttes, mais UNE seule grosse goutte. Cherchez la métaphore !

La grosse goutte n’est pas farouche, ni fidèle : elle continue sa descente sur la vitre, rencontre une autre goutte, devient encore plus grosse, descend toujours plus vite. La fin, on la connaît : l’obèse goutte finira par s’écraser lamentablement sur le bord de la dite-fenêtre, fin de l’histoire.

Vous voyez ? Ne rien pouvoir faire, faute d’une météo hargneuse, peut vous pousser parfois à penser.

Hier donc, le temps était bien lourd : « interdiction de mettre le nez dehors, tu vas attraper froid », disait déjà une mère anxieuse à l’idée que sa petite prunelle puisse tomber malade. Voilà la naissance de la réflexion. L’interdiction.

Il me semble qu’il fût un temps, où il n’y avait pas beaucoup d’interdiction. A part bien évidemment, voler des bonbons, incendier une poubelle et sonner à la porte d’un méchant voisin, avant d’avoir bouté le feu à un journal rempli d’excréments. Un temps, où l’on ne vivait pas dans le champ des interdits, mais bien dans celui des possibles. On interdisait peu, on préférait éduquer, conseiller, prévenir.

Je ne sais pas si tout cela a changé aujourd’hui, la mémoire est une menteuse, celle qui peut transformer une pathétique histoire d’amour en une relation passionnée. Vivons-nous aujourd’hui dans un monde encerclé d’interdits ?

On interdit aux vendeuses de rentrer chez elles avant 19 heures. On interdit à Rappaz de mourir. On interdit à Sandrine Salerno, LE maire de Genève, de faire payer son site promotionnel de campagne politique par les contribuables. Ah non, ça, on ne l'a pas fait! On interdit les voyages d’étude, on interdit aux journalistes de dire du mal des Automnales. Vous l’aurez compris, l’interdiction est à la mode.

Hier donc, le temps était bien lourd.

L’occasion surtout de se remémorer à quel point c’était tellement bon de les violer, ces interdictions.

On est donc sorti, là sous la pluie. Trempé mais heureux, on s’est dit qu’au lieu d’aller à la Foire de Genève voir un groupe qui rend hommage à Michael Jackson, on ira voir William Sheller, le 31 mars prochain au Théâtre du Léman.

De là à devenir un homme heureux, c'est une toute autre question.

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