15/11/2010

C’est ce qui différencie le courage de la lâcheté

DoréStyx.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 15 novembre 2010

Très Cher Bernard.

Je ne sais pas si tu es encore en vie à l’heure à laquelle je te parle. On te dit aveugle, j’espère que tu n’es pas sourd. On ne sait jamais, l’horreur flirte parfois avec le miracle, peut-être que tu nous entends, ce matin.

Je ne sais pas non plus, si tu caches des Bounty, des Mars et des Snickers sous, ou plutôt dans ton oreiller… en tous les cas, selon mes sources, on s’occupe plutôt bien de ta personne.

Bernard, je ne sais pas ce que c’est, ni d’arrêter de se nourrir pendant plus de 80 jours, ni comment on continue à vivre après avoir vu son enfant se faire avaler par un gyro-broyeur.

Certains pensent que tu es un criminel, d’autres te voient militant. 52 tonnes de chanvre et 35 kilos de haschich plus tard, tu t’es retrouvé condamné, mais ça, pas besoin de le dire, on imagine que tu le savais déjà. Nul n’est censé ignorer la loi, tu l’as enfreint, tu as payé. « Trop » diras-tu. Mais quelle importance aujourd’hui.

Tu dis enfin que l’injustice te nourrit. Visiblement pas suffisamment, à en croire ton état de santé.

Très Cher Bernard, je ne sais toujours pas vraiment pour quelles causes tu te bats, tu en as tellement défendues. Je ne sais pas non plus si on doit te laisser mourir, d’autres diront « crever », ni si tes médecins doivent te nourrir, d’autres diront « t’enfiler de la viande séchée ».

Ce que je sais, par contre, c’est que ton cas suscite de nombreuses réactions. La mort est la plus grande vendeuse de papiers, et rassure toi, Bernard, elle n’est pas soumise à l’horaire d’extension des magasins. La mort rôde partout, même au coin du bar, où chacun peut à sa guise, disserter sur ton cas.

Ce que je sais aussi, c’est que la Justice a horreur de voir sa sentence ne pas aboutir. En partant, tu lui feras un beau pied de nez, quitte même à ce que ses nuits soient hantées.

Bernard, tu sais que je serais toujours le premier à accepter à ce que les gens partent, parce qu’ils l’ont choisi, parce qu’ils ne l’aiment pas, cette vie là.. ou que elle, a décidé de les broyer. Parce qu’ils sont malades, parce que leur moitié les a quitté. Et Dieu sait, si les raisons de partir n’incombent qu’à ceux qui montent dans le train. Je le respecte.

Mais toi, Bernard, TOI, tu dis « vouloir te battre jusqu’à la mort contre l’injustice ». C’est bien Bernard. Mais l’injustice, pour moi, c’est laisser une fille de 12 ans sans un père. L’injustice, c’est préférer une cause à un gosse. L’injustice, la vraie, c’est ça.

Alors Bernard, ton nouvel ami Jean-Charles Rielle demande au Grand Conseil valaisan de faire preuve de clémence, « de penser à ta fille ». Moi, c’est n’est pas à ton Grand Conseil que je le demande, mais à toi Bernard.

Mourir ou se laisser mourir, la cause ou la môme.

C’est ce qui différencie le courage de la lâcheté.

Commentaires

Bonjour, belle note matinale pour un papa qui devrait composer un bouquet de chanvre floral rempli de jolis fleurs pour sa fille qui l'attend au bercail pour l'aider à grandir dans la vie. Merci.

Bernard, tu te fais la plus grande injustice à toi-même et à ta famille. Penses-y. Revenir parmi nous sera la preuve que ton combat est super valable. Nous avons tous lu maintenant les motifs de ta grève de la faim. Nous savons pour quelle justice tu combats. A toi de continuer ce combat, vivant et fier d'être un citoyen à part, anarchisant, poussant sur les terres de Farinet et de tous les rebelles qui refuseront toujours que le "propre en ordre" soit le seul terme idéologique pour vivre sa vie. Casse la dictature de l'Etat, Bernard, en revenant à la vie, parmi les tiens. On te tient les pouces avec un brin de chanvre à la boutonnière comme signe de résistance aux banques, aux assurances, aux trop bien chez soi pour regarder ailleurs vers celles et ceux qui souffrent de pauvreté et de rejet du monde des humains.

Bonne journée à toi. Un Mars (de paix) et ça repart (pour la guerre) sur cette terre du Valais qui t'es si chère.

Écrit par : pachakmac | 15/11/2010

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