08/11/2010

La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants

Mort.jpgMourra ? Mourra pas ? 8 novembre 2010

Ce qui a fait la une de l’actualité ce week-end, ce n’est ni la réouverture d’une boîte de nuit genevoise, ni la demande de naturalisation du fondateur de Wikileaks, ni le président du MCG assailli par une meute d’humoristes ratés dans la plus fameuse émission de la RSR, non.

Ce qui a fait couler de l’encre dans les rotatives ce week-end, ce qui a alimenté le tube cathodique, c’est un fumeur de joints, un vigneron, un écologiste, un agriculteur, mais surtout un cas d’école bien embarrassant.

Ce qui a fait l’actualité ce week-end est doté d’un prénom : Bernard. Et cette question lancée brillamment par une sordide consœur avinée: ‘’mourra, mourra pas»?

Alors, tout le monde y est allé de son petit avis, de son commentaire, voire pour les plus talentueux, d’un langoureux éditorial. Langoureux certainement, mais totalement inaccessible aux plus basses couches de notre société, éditorial signé Maître Marc Bonnant, page 18 du Matin Dimanche.

Certes, l'avocat manie la plume comme d’autres maîtres usent de l’épée ou du Katana : tranchante et aiguisée ; mais avec ce degré de complexité, avec cette richesse exagérée de vocabulaire, le maître ne coupe plus des têtes, mais des sashimis ou des mille-feuilles accompagnés d’une « cup » de thé anglais, et le petit doigt levé s’il vous plaît. On lui donnera pourtant raison: rien n’est plus insupportable à la Justice que de voir son condamné fuir sa peine dans des limbes sûrement enfumées.

Pour notre confrère, et non pas consoeur, Ariane Dayer, rédactrice en chef du journal dominical, le cas « Rappaz » est tout tranché comme de la mortadelle: « on ne laisse pas mourir les gens dans une démocratie ». Surtout pas quand on est né dans un rupestre canton catholique : le Valais.

D’accord.

La problématique est épineuse. On en vient presque à imaginer Maître Bonnant expulser un orgasmique : « c’est un dilemme ma petite, une tragédie, mon chaton ! » en citant pêle-mêle Thomas d’Aquin, Kant, John Stuart-Mill et Lady Gaga.

Ne pas appliquer la peine, ou permettre à Bernard de rentrer chez lui, donnerait à la fois l’image d’une justice à deux vitesses, mais également des idées aux autres condamnés qui eux aussi, pourraient passer par la case « privé de nourriture ». Appliquer la peine, et sous réserve de la volonté du chanvrier, pourrait susciter une vague amertume et de longues insomnies à la ministre de la justice valaisanne. Reste l’option de renvoyer le chanvrier dans son Valais natal, jusqu’à ce que le Grand Conseil se prononce sur une demande de grâce, le 18 novembre prochain.

Maître Bonnant jubile. La froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font pas de bons amants.

Enfin, hier soir, après m’être rendu coupable de la gloutonnerie littéraire et télévisuelle la plus infâme, on a pu enfin, et contrairement à d’autres, se reposer, avaler un petit en-cas, déguster le doigt levé une petite tasse de thé fumé de Covent Garden, en écoutant du Nina Simone. C’est là qu’une petite voix nous a demandé :

« Et Sakineh, la petite iranienne, le lancer de pierres, c’est avant ou après la pendaison ? ».

Ah, la froide Justice et la squelettique Faucheuse ne font définitivement pas de bons amants.

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