01/11/2010

Le rêve

Gondry.jpgEditorial Radio Cité, 1 novembre 2010

Cette nuit, j’ai rêvé.

J’ai rêvé de Genève. Les rues étaient propres, ni un mégot, ni une crotte ni un crachat. Pierre Maudet, lui s’endormait déjà tous les soirs avec son plus fidèle ami imaginaire, une vieille peluche de raton laveur, il s’appelait déjà Boris.

On pouvait se permettre de flâner au bord du lac, sans être importuné par un Ismar, un Faruk, ou encore un Detlef. Et puis du côté du boulevard des philosophes, on pouvait encore croiser Haldas, plume dans la main gauche, verre de gamay dans la droite, tellement bigleux qu’il n’avait pas remarqué qu’un petit groupe de vilains gauchistes avaient envahi un bâtiment, à l’angle du boulevard de la Tour, pour y poser une corne. Sandrine Salerno, encore toute innocente portait déjà des pantalons larges, rêvait d’épouser un Che guevariste, mais finira par s’acoquiner d’un avocat grizzly.

On pouvait prendre le tram sans être dérangé par le son désaccordé d’un accordéon tzigane, les banquiers étaient des gens respectables, et les frontaliers n’étaient pas aussi nombreux. Eric Stauffer, lui, ne faisait pas la une des journaux. Fier de ses 24 ans, il fomentait encore le rêve humide d’être un jour agent secret, ou mafieux napolitain. De cette période, malheureusement, il n’aura gardé que sa gourmette, qu’il caresse encore langoureusement quand il se voit en Une du Matin Dimanche.

Et puis, on allait en famille aux Charmilles voir le Servette FC, les joueurs étaient encore genevois, ou au pire, confédérés. Notre père allait chez Jeannot, le petit bar carougeois, aujourd’hui remplacé par un infâme restaurant vietniamien.

Notre mère, elle restait à la maison. On faisait encore de vraies femmes de foyer, conditionnées à la popote et assaisonnées à l’école ménagère. Bon, c’est vrai, Papa pouvait assumer seul, toute la petite famille, Maman pouvait parler tranquillement tricot et Betti Bossi avec ses amies, la mondialisation était alors un mot inconnu, l’étranger lui, venait du Valais, d’Italie ou du Portugal. L’étranger parlait une autre langue certes, mais avait le mérite d’être blanc.

Ah Genève ! Ville de toutes les promesses, de tous les espoirs, on pouvait laisser traîner son sac sans le voir disparaître, on pouvait se loger à bon prix, Michel Chevrolet habitait Meyrin, mais rêvait déjà d’un triplex en ville. Toujours adolescent, il se surprenait à s’imaginer politicien engagé, proche des gens, on s’en rappelle, il aidait déjà sa vieille voisine en lui portant ses cabas, qu’il ramenait de la Coppet. « Blocage, blocage, blocage » hurlait-il déjà quand sa subvention pour créer Meyrin FM lui fût refusée, c’est décidé, « je deviendrai PDC » dira-t-il en effectuant un signe de croix et en récitant, par cœur s’il vous plaît, un ave maria.

A Genève, les campagnes politiques étaient courtoises, les politiciens aimables, les partis ne nous disaient pas « comment on doit voter », et enfin le président du PS suisse répondait aux radios locales, aujourd’hui tout cela a bien changé.

A gauche, on ne pleurnichait pas, on se battait. On se souvient de René Longet lutter contre une cohue d’herbes folles dans son potager. A droite, on fumait déjà le cigare à la table du fond de la brasserie Landolt, se délectant d’un prêt accordé par la Caisse d’Epargne pour s’acheter un petit immeuble. Yves Nidegger, préparait déjà son cartable pour sa course d’école pour Berlin, Soli Pardo récitait des vers Homériques pour séduire une jeune fille esseulée, et François Longchamp, rêvait d’être journaliste. Tout cela a bien changé.

Cette nuit, c’est fou, j’ai rêvé de Genève dans les années 80. Un peu comme tous les politiciens qui continuent à faire de la politique à la papa-maman.

Commentaires

Excellent cher collègue
En tout cas bien inspiré en cette belle journée de souvenirs aux morts!

Écrit par : NDOYE GORGUI | 01/11/2010

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