28/10/2010

Ils auront raison

Poulpe.jpgBillet d’humeur à la manière de quelqu’un qui n’a plus d’inspiration.

Et quand on n’a pas d’inspiration, il y a deux choses à faire : se taire, ou regarder autour de soi.

Se taire est un acte relativement facile en société : au mieux vous passez pour un être introverti, et si vous avez la chance d’être gâté physiquement, vous passerez forcément pour quelqu’un de mystérieux. Au pire vous passerez pour un associable pisse-froid et un hautain personnage.

Se taire au travail est une tâche plus ardue. Au mieux, vous n’avez pas de collègues, ou vos seuls compagnons sont des livres, une imprimante, des bocaux de cornichons qui défilent sur un tapis roulant, ou alors, vous vous êtes présentés à la Constituante pour la gloriole et non pas pour faire avancer la République. Seul exception à cette présente liste : les communistes qui se sentent toujours obligé d’ouvrir tour à tour leur caquet, pas cinq minutes, pas dix minutes, mais vingt bonnes minutes pour répéter dans les mêmes lignes ce que leur camarade a dit 20 minutes plus tôt.

Au pire, vous partagez votre bureau avec des collègues, vous ne pipez pas un mot, et ils vous détestent. Dites-leur que vous venez d’apprendre que votre mère est atteinte d’une leucémie, que votre sœur a décidé de quitter la vie civile pour rejoindre le clergé ou encore que votre femme, libyenne, risque d’être expulsé parce qu’elle a vendu de la drogue à un député au Grand Conseil.

N’hésitez pas à utiliser les grands moyens, les mensonges les plus gros passent en général aussi bien dans l’esprit des gens, qu’une quinzaine de boulettes colombiennes dans une trachée bien huilée.

Se taire au travail est une tâche plus ardue, surtout quand vous êtes censé ouvrir la bouche. Là, pas possible d’y échapper. Se taire n’est plus une option.

Reste l’autre option : celle de regarder autour de soi. Dressez un cercle d’un mètre de diamètre autour de vous et attrapez tout ce qui passe par là. Vous aurez forcément quelque chose à dire.

Vous apprenez que votre collègue trompe sa femme avec la petite du deuxième. Ecrivez le manuel du parfait adultère. Facile, il suffit de modifier les noms de son répertoire téléphonique : Mathilde s’appellera Roger, Stefano, l’appollon rital un peu fier deviendra «la Coiffeuse », et si vous êtes joyeux et gai, Christophe deviendra « Esthéticienne », Stéphanie se transformera en « mon comptable ».

Parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’on ne couche pas, ni avec des comptables, des bouchers, des thanatopracteurs, des mannequins ou des informaticiennes. Enfin dernière recommandation en cas d’adultère, même en cas de flagrant délit : "niez, niez, niez" comme dirait un certain candidat à la course à l’exécutif de la ville de Genève.

Vous voyez il suffit de regarder autour de soi. Les questions fleurissent d’elles-mêmes.

Pourquoi à chaque fois que vous écrivez un commentaire intéressant et pertinent sur votre profil FaceBook, vous n’avez aucuns commentaires ?

Pourquoi regardez-vous votre montre à l’arrêt de bus ? Vous n’avez aucune chance de faire arriver le tram plus tôt.

Pourquoi descendez-vous le volume de votre radio quand vous vous parquez ?

Enfin pourquoi inscrivez-vous 2500 nouveaux logements dans le programme de législature du gouvernement genevois, alors que rester dans le vague vous aurait évité les critiques et les crachats ?

 

Vous voyez, avec rien, on brasse de l’air. « Ca fait passer le temps », diront certains. D’autres diront que l’on remplit du vide avec du néant. Ils auront raison.

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