25/10/2010

Jusqu'au bout de la nuit

Editorial Radio Cité Genève, 25 octobre 2010

 

Nuit.jpgJusqu’au bout de la nuit.

«Aux sans-papiers, j’ai toujours préféré ma jument».

Les propos étaient signés Céline Amaudruz, «Amaudruzze» diront ceux venus d'ailleurs. Céline Amaudruz est l'invité du grand entretien aujourd'hui, c'est accessoirement la nouvelle présidente de la section genevoise de l’UDC... ce que l'on appelle le parti agrarien.

Et comme on la comprend, Céline Amaudruz. Elle s’y connaît en terroir: la jeune trentenaire pratique l’équitation. Bon pas sûr que ce soit elle, qui nettoie les écuries. Elle aime le jass, bon pas sûr qu’elle n’y joue pas pour de l’argent, elle est gestionnaire de fortune à l’UBS, et enfin, elle n’est ni xénophobe ni raciste, puisque vous n’êtes pas sans savoir que sa jument, répondant au doux prénom d’Ulisca est d’origine hollandaise, peuple pourtant réputé pour ses mœurs débridées, ses fumeurs de joints, et autres mendiants toxicomanes salissants les belles rues tulipées d’Amsterdam.

La belle Céline est une battante, prête à aller jusqu'au bout de la nuit pour s’opposer à une adhésion européenne, jusqu’au bout de la nuit pour remettre de l’ordre dans sa section genevoise, et quitte même à interdire la Williamine aux réunions, enfin jusqu’au bout de la nuit pour faire adhérer père, mère, amis, connaissances, collègues, inconnus à son parti, et si les morts pouvaient voter, elle irait même les chercher dans l’au-delà.

Son parti, en français, c’est l’Union Démocratique du Centre, en allemand: le Schweizerische Volkspartei, le parti suisse du peuple. Erreur de traduction ou pas, le parti suisse se transforme en Union, le peuple se mue en Démocratie. C’est pas beau ça ?

Bref, je vous le disais, Céline Amaudruz, blanche colombe, n’est pas inquiétée par les crachats des vilains crapauds. Pourquoi ? Parce que ce que l’on dit d’elle est faux. La présidente aime le débat, est prête à discuter, figure de proue même de la démocratie.

Pour preuve, samedi matin, place du Molard, je reçois un prospectus du parti agrarien : organisation d’un débat à Genève entre Fulvio Pelli, président du PLR Suisse, et Christophe Blocher, ancien Conseiller Fédéral expulsé.

Intitulé du débat : Criminels étrangers, Point d’Interrogation, faut-il les expulser ou les intégrer ?

Ça y est, je ne manque pas de m’étouffer du dernier marron chaud ingurgité, je m’étrangle puis le recrache. Malheureusement, Eric Stauffer, traînant au hasard dans le quartier est victime du marron expulsé, il essuie sa veste, m’insulte, puis me menace. Et paf, un recours au Tribunal Administratif pour atteinte à personnalité politique. Mes excuses n’y auront rien fait.

J’en reviens à la lecture de l’intitulé : Criminels étrangers, Point d’Interrogation, faut-il les expulser ou les intégrer ?

Mmmh, devrions-nous intégrer les criminels étrangers ? Leur permettre de gagner leur vie honnêtement, les scolariser, ne pas les marginaliser, offrir des cours de français à Faruk et à Ismir, Maurice, lui pas besoin, il est déjà suisse, mais violeur d’enfants, nous lui paierons donc des vacances aux Philippines.

Je m’emporte, je m’emporte. Exceptionnellement, aujourd’hui, je ne terminerai pas ce discours. Ne connaissant pas les intérêts de la Suisse avec les Philippines, je ne me risquerai donc pas, à fâcher le Conseil d'État genevois. Et je rajouterai:

«A Mouammar Kadhafi et au Conseil d'État, j’ai toujours, moi aussi, préféré ma jument».

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