20/10/2010

Miroir ou seringue

pic.jpg20 octobre 2010

La télé-morphine et la séringue-télecommande.

On a tous connu à l’école, un ami ou une camarade de classe qui n’avait pas de poste à la maison. Quelle ringardise! Quel conservatisme! Je m’en rappelle, nous, nous la regardions en famille à midi. Sublime rituel! De n’avoir surtout pas besoin de converser avec ses parents. « Et puis le JT, c’est important » disait notre père. « Il faut se tenir informer » rajoutait-il.

Ensuite est venu le temps de demander, que dis-je, d’exiger notre propre poste de télévision… dans notre propre chambre. On pouvait enfin à notre guise, regarder ce qui nous plaisait, là, dans notre lit. Un Fanta orange dans la main droite, pop-corn salées dans la gauche. Un peu plus tard, c’est la bière qui aura remplacé le soda, le pop-corn, lui, sera resté dans la main gauche. Au passage, on aura définitivement enterrée toute forme d’activité sexuelle. Pas grave, l’écran nous donnait tout ce que nous avions besoin.

Et puis les médias sont devenus intelligents, en inventant le concept de télé-réalité. On pouvait enfin, s’immiscer dans la vie des gens, de vrais gens avec de vrais problèmes. Des beaux moments aussi partagés avec le public. La transe était totale.

Les larmes coulaient à flots, des larmes comme des obus qui pulvérisaient la dernière couche de pudeur restante. Des singes derrière un grillage de zoo, nous comme des hyènes en extase, dans la jouissance la plus totale. L’orgasme était proche.

Mais la télévision n’en est pas restée là. L’odeur du sang appelle le sang. Après l’exhibitionnisme et le voyeurisme, était venu le temps des pratiques sadomasochistes. Fini l’époque où toi, participant d’émission, devait t’étaler à raconter comment ta femme t’avait trompé, comment ton mari t’avait battu. Toi, star d’un jour, shooté à la poudre d’étoiles, on ne t’a plus demandé de raconter. On t’a demandé de faire.

Là, devant l’œil de la caméra, en inondant les masses de tes souffrances, de ta bêtise parfois, de tes faiblesse, et Dieu sait, si nous, on aimait en rire, toi tu t’es humilié. Humilier comme on gave une oie. Du foie gras qui coule à la commissure de nos lèvres. L’orgasme était atteint.

Soupir de soulagement. Au final, on aura réussi à s’endormir, ici, entre des cadavres de bouteilles d’alcool et un vieux cendrier froid. Aucune réponse à la question de savoir si on a la télévision que l’on mérite, ou si c’est la télévision qui fabrique elle-même ses propres cochons nourris aux antibiotiques.

Dans les deux cas, miroir ou seringue, le téléspectateur se pare d’un joli costume de collaborateur.

 

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