14/10/2010

L'infime délicatesse du mot

Words.jpg14 octobre 2010, 16:07

Le plombier polonais.

Nous en connaissons tous. Non pas des plombiers polonais mais des personnes qui s’expriment pour ne rien dire, d’autres qui parlent beaucoup trop bien ou trop peu pour avoir l’air honnête, et enfin, dernière catégorie : ceux qui choisissent avec une infime délicatesse et de délicieuses nuances, les mots qu’ils souhaitent laisser s’échapper.

Alors de la première catégorie, nous n’en dirons rien. A la vacuité, il faut répondre par le néant.
A ceux qui parlent trop bien ou trop peu, il faut s’en méfier. Se méfier de son trésorier lorsqu’il vous dit : «je ne suis qu’un simple comptable, vous savez». Une trop grande humilité relève souvent de la flatterie, la flatterie de la séduction, et la séduction du désir. Et on le sait, le désir n’est pas toujours noble, loin de là. Raison pour laquelle on l'appelle «concupiscence».

Méfiez-vous également des phrases qui claquent dans l’air, aux relents de slogans de type : «avec moins, nous allons faire plus» ou encore «ensemble tout devient possible». L’effluve peut être charmante mais en général, le slogan a été répété, préparé, aiguisé. Et son but : c’est que vous l’ingurgitiez tout cru, sans broncher.

Reste la dernière catégorie. L’infime délicatesse du mot bien choisi, les délicieuses nuances de la phrase polysémique.

Vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?

Page 4 du GHI, Thierry Meury rebondit sur l’affaire de l’instituteur valaisan licencié pour avoir refusé de laisser un crucifix dans sa classe. Un instituteur qui avait déclaré : «je suis renvoyé comme si j’étais un pédophile». L’humoriste ironise alors : «les pédophiles, eux, laissent les crucifix dans les classes». Et il rajoute : «Certains en portent même sur leur robe, parfois».

Tiens, tiens, la figure du prêtre pédophile. L’infime délicatesse du mot bien choisi, les délicieuses nuances de la phrase polysémique? Pas vraiment. Non. Loin de là même. Comprenez moi bien, je n’ai aucune sorte d’affection privilégiée envers les membres du clergé, ni un sens de l’humour de bien-pensant. C’est juste que le coup du prêtre pédophile commence à être usant. J’attends de l’humoriste qu’il fasse mieux... beaucoup mieux.

Allez, osez donc Monsieur Meury : le noir dealer, le frontalier voleur de poule, la rousse à l’odeur corporelle nauséabonde, le juif contrôleur du monde, le musulman terroriste, le portugais balayeur, ou encore l’handicapé fraudeur d’AI.

Vous voyez, c’est tellement simple l’utilisation de l’infime délicatesse du mot et des délicieuses nuances de la phrase.

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