04/10/2010

Le pole dance

02594746-photo-pole-dance-et-autres-suprises-sexy.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 4 octobre 2010

Il est de bon parfois de se promener sur les divers sites d’information de nos grands quotidiens.

A l’heure de ce que l’on appelle le « web 2.0 », la plupart des articles disponibles sur la toile sont désormais ouverts aux commentaires des internautes. C’est ça que l’on nomme très pompeusement « l’internet participatif ». Enfin souvent le nombre de participants est inversement proportionnel à la qualité des interventions : c’est-à-dire quasi nul. Mais pas nécessairement.

Toujours est-il que parcourir les commentaires, les insultes, les insinuations tantôt putrides tantôt fines, des lecteurs, a de quoi, souvent, faire chuter le journaliste du balcon de sa tour d’ivoire. Le problème du journaliste, de temps à autre, c’est de ne plus se rendre compte que le sujet qui l’intéresse, lui, n’intéresse au final qu’au pire, lui-même, au mieux, n’intéresse qu’une poignée de politiciens.

Les politiciens, eux, maîtrisent pourtant à la perfection la descente du balcon, pour délivrer leur « Urbi et Orbi » à la populace, aux « gens », aux vrais gens comme ils disent. Enfin surtout en période électorale…

Je prends pour exemple, les candidats et candidates à l’exécutif de la ville de Genève. Enfin, ceux qui font vraiment campagne. L’une a déjà ouvert un blog, une page Facebook, un compte YouTube, un compte Twitter, et même un site où l’on peut voir ses photos. On adore voir Sandrine dans le train, Sandrine prend le bateau, Sandrine avale une tarte aux pommes, ou encore Sandrine épluche les légumes dans un EMS. Du coup, son rival, affamé lui aussi, ouvre son propre blog, où il se réjouit « d’échanger » avec nous. Nous aussi, on se réjouit d’échanger avec lui!

Enfin pour certains autres, la descente dans la rue est dégoulinante : marché de Rive le matin, petit déjeuner au café du rond-point à Plainpalais, apéro à la place du Molard pour, lui aussi, rencontrer des vrais gens.

S’ensuit un petit dîner de soutien à la plage des Eaux-Vives, un peu de culture : visite du musée de la Réforme… hop petit passage à la SPA, vite un débat télé en fin d’après-midi, direction une fondation de soutien aux handicapés le soir... tout cela se terminera dans une fameuse boîte de nuit, où la sécurité est respectée, je vous le jure, Monsieur le Juge. Notre candidat, alors exténué, s’endormira à deux heures du matin, la caféine du Diet Coke lui aura permis de lui aussi, poster quelques notes sur son blog.

Diantre. Fichtre. Je vous l’avais dit.Le problème, parfois, du journaliste, c’est de ne plus se rendre compte que le sujet qui l’intéresse, lui, n’intéresse au final que lui-même.

A en croire les commentaires hier, ce ne sont ni les primes-maladies, ni Christian Levrat qui défend le siège de Micheline Calmy-Rey, ni la dissolution souhaitée de la Constituante par le président du PS genevois… Non. Ni même les accusations de la cour des Comptes, pourtant qui accusait un élu de ne pas avoir respecté la loi. Non plus. Ce qui a suscité le plus de commentaires. C’est la victoire d’une australienne qui a conquis à Zürich le concours mondial de pole-dance. Une strip-teaseuse en une des informations les plus lues ?

De quoi, nous journalistes, nous donner une véritable bouffée d’oxygène.

Parce qu’à force de plaintes déposées, de pleurnichage, d’instructions pénales, de débâcles, de politique entre copains, de défense de siège de Conseiller Fédéral ou de piratage de boite email de député... On en était presque arrivé, à l’aimer, cette petite australienne.

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