04/10/2010

Depuis quand l'oubli se chiffre-t-il ?

Banc.jpg4 octobre 2010

«Sombre héroïne de l'amer», on aurait aimé avoir eu cette idée, on aurait aimé accoucher de ces mots sur le papier... Hélas, c'est Guy Carlier qui signait la phrase, hier sur Europe 1. Le chroniqueur revenait sur le débat qui a agité l'hexagone: le retour de Bertrand Cantat sur scène, c'était samedi dernier. Un retour houleux pour certains, la lumière d'un phare dans une mer agitée pour d'autres.

Le journaliste de l’aube accordait au leader de Noir Désir le droit à l'oubli. Seulement l'oubli n'est pas le même pour le matelot que pour le capitaine. Le capitaine, en s'exposant au gouvernail de son navire, s'expose aussi aux tempêtes. Et du coup, ravive les blessures de ceux qui auront survécu à l'appel des sirènes. Marie Trintignant n’en fait pas partie, elle a coulé avec. Nadine, elle par contre, est restée.

Guy Carlier est partisan de l’emploi du passé antérieur : il eut été préférable que Bertrand Cantat ne remonte pas sur scène. En d’autres termes, le droit à l’oubli est relatif, les comètes doivent se soucier de leur queue, de la traînée qu’elles tirent derrière elles. La courtoisie, diront certains.

D’où cette question : combien de temps eût été judicieux pour que l’artiste puisse poser un pied sur les planches sans déclencher la polémique ?

L’affaire Cantat-Trintignant est un cas d’école. Elle cristallise tous les ingrédients d’un événement qui suscite les passions : l’amour et la violence, l’abandon, une star glorifiée du rock’n’roll militant, une muse fragile, une actrice célèbre, et enfin la mort, les morts.

Le problème, c’est qu’on a du subir l’opinion des uns et des autres. Marie femme battue. Bertrand meurtrier. Ou encore, le couple qui s’aimait avec passion. Le problème, c’est que la passion s’est transformée en coups, les coups en silence. Certes, mais parfois, l'opinion devrait mieux rester silencieuse, parce que la sacro-sainte vérité, pour autant qu’elle existe… nul ne la connaît. Personne. Pas même vous, pas même moi. Et parfois, pour ne rien dire, on ferait mieux de se taire.

On n’est jamais à la place des autres, on imagine l’être. La différence est tout de même titanesque.

Le capitaine est revenu à la barre, la sirène, elle, ne chante plus. Seul l’écume renvoie encore et toujours, inéluctablement dans une mécanique quasi lancinante, les mêmes questions :

Depuis quand la douleur se chiffre-t-elle ?

Depuis quand l’oubli se chiffre-t-il ?

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