29/09/2010

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas

Chateau.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 29 septembre 2010

Il y plusieurs façons de voir le monde.

Le noir. Le blanc. Le gris pour les moins manichéens. Enfin, la HD, haute-définition: 4 294 967 296 couleurs.

Le problème à voir le monde en HD, ou alors en 16 millimètres, ou encore en relief, c’est que le monde devient subitement, tout à coup un océan de subtilités et de nuances. Le problème à voir le monde en nuances, c’est que tout est moins limpide, moins simple. Et le problème à voir le monde plus complexe qu’il ne l’est pas, c’est qu’au final, on finit par ne plus être sûr de rien.

Les hommes politiques et les séducteurs invétérés l’ont bien compris. Un message clair, une idée, un slogan, voire un mot. La réduction ou la vulgarisation ne fait plus peur tant qu’elle permet d’être élu ou de coucher, de gagner des voix ou d’effleurer un bras, ou pour les plus désespérés, que l’on parle d’eux.

Le problème avec les couleurs, c’est qu’on s’y noie. On ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle. On n’incise pas avec des peut-être. On taille.

Je lance le défi. Passez une soirée à douter. Passez une soirée à n’être sûr de rien. Passez une soirée à vous excuser : désolé, mais je ne suis pas assez renseigné sur le conflit israélo-palestinien. Passez une soirée à clamer que vous n’avez aucune idée du nombre de frontaliers travaillant à Genève, du salaire moyen en Suisse version 2010, si le Ziban est toujours prescrit pour arrêter de fumer, ou encore si le Château Pipeau 96 est meilleur que le 97. Passez une soirée à douter. Vous ne brillerez peut-être pas en société. Mais vous n’aurez jamais à vous dire : quel crétin je fus.

Voir le monde en technicolor, est un exercice assez périlleux. Au final, vous risquez de ne parler de rien, terrorisé par l’erreur, angoissé par la faute, épouvanté à l’idée que rien n’est vrai, et que la fameuse ligne de démarcation entre une certitude et l’imposture… n’est qu’un vague bateau ivre, piloté par un capitaine qui l’est tout autant.

La certitude est un coussin moelleux rassurant. Vous le savez, on le sait.

Alors oui. On peut se mentir, leur mentir, être certain, être sûr, ne jamais émettre l’idée que ceux qu’on aime, au mieux, ne nous aimerons plus, au pire, disparaitrons. On pourra toujours croire que 1 + 1 = 2 … ou 3 pour les plus idéalistes.

On aimerait nous aussi, voir le monde autrement qu’en noir, qu’en blanc, qu’en gris, qu’en gris nuancé. On aimerait, nous aussi, tout comprendre. Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas. Mais on ne lance pas d’arc-en-ciel avec une arme. On envoie une balle.

On n’incise pas avec des peut-être. On taille. C’est plus simple. Mais c’est faux.

Pourquoi elle, pourquoi lui, pourquoi ça et les autres pourquoi pas…

 

 

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