27/09/2010

A choisir: le con ou le bien-pensant?

marchand de lait en hp bis.jpg27 septembre 2010, 12 : 16

Un chiffre : 53,4 %. Plus qu’un chiffre, c’est une scission, nous disent les commentateurs. D’un côté : les alémaniques, les bourbines, les suisses-toto. Une structure neuronale simplifiée, un amour inconditionnel de l’ordre et un traditionalisme sclérosé.

De l’autre: les romands, beaucoup plus intelligents, un fort sens de la solidarité et une aversion certaine pour les röstis, les chemises à carreau et les socquettes blanches dans des birkenstock. Sempiternel sujet de discorde, on l’aura bien saisi.

Ce qu’on oublie parfois. C’est que le peuple est souverain, et que quoi qu’on en dise, il a le dernier mot. Ce qu’on oublie parfois, c’est que l’électorat de droite, lui, va voter. Affirmer que le peuple est souverain n’implique pas, ni qu’il ait raison (et d’ailleurs, qui a raison ?), n’implique pas non plus qu’il ne faille pas s’offusquer de ses choix. Pourtant plus irritantes encore qu’un vote, une décision, un choix, ce sont les réactions suscitées à l’issue d’un scrutin.

Du côté de la population, certains appellent à l’indépendance de la romandie, considèrent le suisse allemand au mieux comme un demeuré, au pire comme un facho, enfin, du côté des élites politiciennes: décryptages, analyses, parfois excuses, voire même honte.

En vouloir à la population serait de mauvais goût. Au final, elle a le droit de s’exprimer, de manifester son désaccord le plus profond, voire même de faire appel à un champ lexical digne d’une période sombre du 20 ème siècle. La démocratie, c’est aussi ça. Par contre, on peut être beaucoup plus sévère quant aux propos de certains politiciens, de quelques journalistes, et d’un humoriste.

Hier, on a pu entendre cet incroyable imitateur fournisseur officiel de rire de Suisse romande, cracher son venin sur l’UDC. Yann Lambiel tirait encore à boulets rouges sur le parti agrarien en qualifiant ses membres « d’intolérants racistes nazillons ».

L’humoriste dégoulinant bien-pensant devrait plutôt prendre des cours d’histoire, et se rappeler au passage, que presque 30% des suisses ont voté UDC aux dernières élections fédérales de 2007. On ne peut pas décemment traiter un suisse sur trois d’intolérant raciste nazillon.

La même analogie peut être tirée avec le MCG à Genève. Le onze octobre 2009, le parti gagnait 17 sièges au Grand Conseil. On s’en rappelle le soir même, les autres partis avaient la gueule de bois. Certains parlaient de honte, d’autres s’excusaient de ne pas avoir su écouter les genevois. Une année plus tard, on a toujours des politiciens qui prennent Stauffer pour un bouffon. Ils ont tort. C’est un symptôme.

La Suisse est une démocratie. Ici, un citoyen peut retarder la réalisation du CEVA, proposer la réintroduction de la peine de morts, interdire la construction des minarets ou encore empêcher un religieux de se promener cul nu en soutane dans les rues de Genève. Ici, le citoyen peut renvoyer les étrangers criminels, alors qu’en France, c’est le gouvernement qui se charge de renvoyer ses roms.

C’est là toute la beauté et les faiblesses du système suisse. Un système qui offre des libertés, offre toujours la liberté d’en abuser. Ce qu’on oublie parfois. C’est que le peuple est souverain, et que quoi qu’on en dise, il a le dernier mot.


A choisir, je préfère les chemins de travers et les sans-issues, aux autoroutes et autres ballades touristiques en car. A choisir, je préfère «un con», un paysan uranais, ou encore un demeuré à un bien-pensant de bon goût.

 

 

 

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