14/09/2010

La politique est une guerre… intestinale souvent. De pouvoir et de contre-pouvoir… aussi.

vitriol.jpgÉditorial Radio Cité Genève, 14 septembre 2010

« Ce serait magnifique, si Isabel Rochat pouvait devenir un jour Conseillère d'État». Seule anicroche, ces propos sont datées du 8 septembre 2010. Isabel Rochat est donc déjà officiellement Conseillère d'État.

La phrase est assassine. Elle a été postée sur un blog hébergée par la Tribune de Genève. L'auteur se reconnaîtra sûrement. Il doit faire parti de ces hommes de lettres qui aiment sentir l'odeur du livre, qui apprécient soupeser le grammage du papier, qui chérissent le bruit amère de la plume qui accroche, qui heurte, qui harponne la fibre.

Il aime l'odeur de l'encre, comme on aime le fumet du sang. Devrait-on lui en vouloir? La politique est une guerre.

Sauf que lui est de l'autre côté. En général, les politiciens rejouent toujours inéluctablement la même tragédie. Celle d'Abel et de Caïn. Sauf que lui, est dans l'autre camp. Pascal et Isabel ont remplacé Roméo et Juliette ou Capulet contre Montaigu. Haine ou amour, qu'importe! Vérone ou Genève, qu'à cela ne tienne. La politique est une guerre... intestinale souvent. De pouvoir et de contre-pouvoir... aussi.

La politique, du grec ancien «polis», la cité, s'occupait  de l'organisation de sa collectivité, de son équilibre, de son bien-être. Par extension ou déchéance, c'est la lutte pour le pouvoir qui aura été plus souvent la règle que l'exception. En clair: être politicien, est-ce aimer l'odeur du sang, avoir quelque penchant pour des pratiques déviantes SM ou encore être doté d'un inoculable sens de l'altruisme?

Ce matin, en recevant les 33 rapports du Gouvernement genevois sur mon bureau, j'ai bien cru défaillir. A la lecture, j'ai toujours préféré le café, à un débat d'Infrarouge, un vieux single malt. Pour faire court, amis ou pas, auditeurs, il s'agit des réponses du Conseil d'État aux multiples questions des citoyens, du Grand Conseil, ou encore des projets de loi et des motions déposés. Bref, toute l'activité de nos instances décisionnelles.

La politique est une affaire sérieuse: Exemple ce matin j'ai trouvé parmi les 33 rapports, une pétition pour le maintien de la ligne 36 du minibus de la Vieille-Ville. Imaginez tous nos petits vieux et élus condamnés à aller boire leur café chez Edward avec ces sales jeunes. Autre exemple: 24 pages indigestes sur un projet de loi modifiant la loi sur les gravières et autres exploitations assimilées. De quoi rendre le sourire à Michelle Künzler. Mais plus intéressant encore. Deux pétitions sur la sécurité : déposées l'une aux Pâquis, l'autre à la Servette.

Nous soussignés, habitants ou travaillant dans le quartier de la Servette, (...) est-il normal qu'un enfant se fasse proposer, le samedi à 11 heures, à la sortie d'une grande surface, de la drogue et qu'il se fasse rudoyer parce qu'il refuse?

Réponse du Conseil d'État: Pour combattre sur le terrain de l'insécurité engendrée par le trafic de drogue et l'insécurité de rue dans certains quartiers, le département de la sécurité, de la police et de l'environnement a mis en place, en coordination avec le département de l'environnement urbain et de la sécurité de la ville de Genève, une GRANDE opération de sécurité publique, l'opération Figaro.

Enfin aux Pâquis, autre pétition: Nous, habitants des Pâquis, commerçants et amis du quartier, nous sommes inquiets de la situation actuelle.

Réponse du Conseil d'État: Pour combattre sur le terrain de l'insécurité engendrée par le trafic de drogue et l'insécurité de rue dans certains quartiers, le département de la sécurité, de la police et de l'environnement a mis en place, en coordination avec le département de l'environnement urbain et de la sécurité de la ville de Genève, une GRANDE opération de sécurité publique, l'opération Figaro.

D'où cette question. Et pour le maintien de la ligne 36 en Vieille-Ville, le gouvernement a-t-il une autre réponse?

La politique est une guerre. Il faudra savoir se battre. Mieux que ça.

 

Bienvenue, Madame la Conseillère d'État.

 

 

 

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