02/09/2010

On a souvent rien à dire parce qu’on a rien vécu.

Neant.jpgÉditorial Radio Cité 02-09-10

L’angoisse de la page blanche ne survient jamais par hasard. Le hasard étant ce qu’il est, tâche ardue que d’en connaître les causes... les certitudes étant laissées aux imbéciles, aux naïfs, aux prétentieux, aux complexés, à un certain candidat politique à l’exécutif, et aux optimistes indéboulonnables.

L’angoisse de la page blanche, c’est un peu comme l’angoisse du vide, l’angoisse du rien, l’angoisse du néant.

Qui d’entre vous ne s’est jamais senti n’être pas là lors d’une soirée entre amis? Les discussions ne sont qu’un bruit sourd, les images se distordent… Qui d’entre vous n’a jamais eu l’impression d’être spectateur de sa propre vie ? Qui d’entre vous n’a jamais vécu cette inconfortable expérience que de rentrer chez soi, et de n’avoir rien à dire. Et surtout de ne RIEN avoir envie de dire.

Entendez par inconfortable, un conjoint une conjointe un parent une maîtresse un amant ou encore un chien ou un chinchilla pour qui le silence est dérangeant. Autre cas de figure, seul et abandonné, vous vous adonner au plaisir de l’onanisme oratoire. En clair, vous vous parlez à vous même.

Parfois il faudrait se taire. Beaucoup connaisse la règle, peu l’applique, et surtout pas Isabel Rochat, notre ministre de la sécurité, quand elle déclare au quotidien le Matin, c’était le 28 août dernier:

Nous sommes parfois mal équipés face à ce type de criminalité” en référence aux lettres empoisonnées à l’acide sulfurique, envoyées aux banquiers. Parmi son entourage, ses collaborateurs, la police également, la réponse fut cinglante: "pourquoi a-t-elle dit ça?" La réponse est la suivante:

Parfois il faudrait se taire. Beaucoup connaisse la règle, peu l’applique. Adage que j’incarne aujourd’hui.

Bref. Toujours est-il que si toutes les causes qui mènent à la page blanche nous seront, Ad vitam æternam, (oui citer du latin vous rend toujours plus intelligent) si toutes les causes qui mènent à la page blanche nous seront toujours inconnues, il est possible, envisageable toutefois d’esquisser des pistes.

On a souvent rien à dire parce qu’on a rien vécu.

Et pour être tout à fait franc, notre mission, ou notre sacerdoce pour les plus croyants, ou notre cul-de-sac pour les plus désabusés, notre mission qui est de vivre, dans le sens le plus noble du verbe, est un apostolat vénéneux.

Vivre implique vibrer, apprendre, ressentir, jouir, pleurer, haïr, se haïr, dérégler sa pompe aortique, rester bouche bée, regretter de n’avoir pas commandé la meringue double crème, ou encore d’avoir dépensé 630 francs dans une cinq étoiles, ou 6 francs 90 pour un paquet de marschmallow.

Vivre comme une odeur de café le matin, comme un soleil couchant sur le jura, comme une puce de canard lémanique, urticante comme une madeleine de Proust, comme la fille du deuxième dans l’ascenseur, comme le type aux yeux verts dans le bus… aux effluves de parfum de votre grand-père, le cigare ne l’aura jamais quitté.

On a souvent rien à dire parce qu’on a rien vécu.

Parfois il faudrait se taire. Beaucoup connaisse la règle, peu l’applique. Adage que j’incarne aujourd’hui.

 

 

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