31/08/2010

Tout passe, tout passe trop vite.

 

deux-nymphes-dans-une-barque-bry-sur-marne.jpgÉditorial Radio Cité, 31 août 2010

Lettre ouverte à Pierre Losio, député Vert au Grand Conseil.

Fidèle auditeur de la radio, il a fait part, hier déjà, sur son blog, de son amère déception quant à cette présente émission. Porte-parole auto-proclamé de tous les auditeurs, c’est-à-dire, VOUS, il écrira que VOUS êtes restés sur votre faim.

Manque d’épaisseur, de respiration, trop speed…. écrira sur son blog, l’auditeur menaçant de rejoindre la première radio nationale, pour ne pas nommer la Radio Suisse Romande.

Un éditorial devant faire preuve d’objectivité, de neutralité, et devant paradoxalement, être un espace de liberté, c’est un billet d’humeur que je vous livre, aujourd’hui, très cher Monsieur Losio.

Tout passe. «Tout passe trop vite», diront les plus nostalgiques, voire les plus dépressifs pour qui le Xanax ou le Clorazépate n'agissent plus.

C’est vrai…. C'est vrai... Les bistrots ont perdu leurs âmes, déplore Thierry Meury.La musique d'aujourd'hui n'est que nourriture à cochons, des cochons sous antibiotiques. L'écran LCD a remplacé le tube cathodique, pour une meilleure qualité d'image, nous martèlent les fabricants, pour du vide intersidérale, diront les fans de Tanner.

Le rafraîchissement marketing de l’emballage du Cenovis a provoqué des drames à l’heure du petit-déjeuner, l’abandon du réseau hertzien analogique a coupé du monde, une partie de la population helvète. Date funeste qu’est le 25 février 2008.

Loin de moi, l’idée de me moquer de vous Monsieur Losio. Vous avez raison, «tout passe»… Je rajouterais même : «tout passe » trop vite.

La télévision broie, concasse, égruge, pulvérise le téléspectateur comme on gave une oie.

La presse écrite, elle, perd ses plumes, comme on dépèce une peau de chat...grin.

La radio, alors cocon d’imaginaire et de voix avec lesquels on aimait se réveiller, se blottir… n’aura accouché au final que d’une infâme chrysalide, le terme polysémique de nymphe étant déjà réservé, mais vous le savez déjà, vous êtes enseignant.

Vous avez donc raison: l’implacable et inéluctable diktat de l’audimat, donc de l’argent, aura fini de terrasser ce divin cortège de nymphes. Mais Monsieur Losio, autant je ne serai pas l’esclave du «jeunisme-à-tout-prix», ne soyez pas le tyran de l’immobilisme.

Vous l’écriviez «une voix s’est tue», je vous répondrai... d’autres sont nés. Et ainsi va la vie.

Au-revoir Monsieur Losio.

 

 

 

 

30/08/2010

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse

 

polygraph.jpgEditorial Radio Cité, 30 août 2010

Le nom reste, la radio change.

On appelle ça, un slogan. Une accroche, une formule, une publicité, ou pour les plus anciens et ils nous écoutent: une réclame. Rappelez-vous! Rivella dans les années 60, avec ce fantastique: la vie joyeuse donne soif. Aujourd’hui, les anciens sont au pouvoir, certains à Berne, d’autres dans de misérables petites maisons... de maître à Bardonnex, ou à Cologny selon s’ils ont fait leur coming-out.

Alors qu’est-ce qu’un slogan? Un slogan, c'est une formule brève et frappante... cinglante dira-t-on. Comme «Faisons Genève» ou «Genève un monde en soi». En tous les cas, «Le nom reste, la radio change», c'est la nouvelle formule de cette radio.

But de la manœuvre: vendre. Oui vendre. Corollaire, faire acheter.

Comme faire acheter un grille-pain, une crème amincissante testée sur au moins 12 cobayes totalement impartiaux, et non rémunérées par la marque.

Comme vendre une voiture aux hommes, h minuscule et c’est bien porté, et vous faire croire qu'avec elle, c'est une nouvelle relation qui débute: la liberté, les grands espaces, la virilité au bout du chemin, et de vous rappeler au passage, que la femme en haut-talons et délicat rouge à lèvre qui vous regarde de ses yeux gorgées d'amour, ne sera définitivement pas livrée avec le dit-véhicule.

Vendre. Vendre du mascara qui ne fait pas de gros tas, du détartrant qui ne détartre rien ou encore une marque de lessives ou produit nettoyant; pour vous, Mesdames puisque de mémoire de téléspectateur, on n'aura jamais vu un mâle faire le ménage.

Vendre, vendre du rêve, vendre des chimères, vendre du sable ou du vent, vendre tout court, et à n'importe quel prix.

Par exemple, deux semaines pour débarrasser les mendiants et autres dealers des rues de la cite, et nouvellement du Parc des Eaux-vives. Oui un certain Eric S. dont on taira le nom ici a découvert récemment la présence de dealers au parc des Eaux-Vives.Un scoop!

Mais rassurez-vous électeurs, le parti genevo-genevois s’en occupera manu-militari. Et au passage, s’il pouvait s’occuper des roms ou gens du voyage, (qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse), qu’il s’occupe des joueurs de bonneteau (place déjà prise par les libéraux), des prostitués dans les vitrines, et des méchantes pervenches d’origine douteuse. Tout ça dans un vol easy-jet, hop!

Autre exemple de slogan. 1500 nouveaux logements chaque année. Rassurez-vous, même les pauvres auront droit à leur petit nid douillet.

Ou encore 7 jours pour ramener des otages, alors que 695 seulement, (c’est les soldes!), auront suffi à ramener Max et Rachid.

Vendre, c'est souvent mentir, et ne pas mentir: souvent c'est se faire avoir.

Décodage sémantique: Radio Cité reste Radio Cité, la "substance".

La forme: nouveaux locaux, une vraie machine à café, bien sûr on l'aurait rêvé italienne, elle sera suisse. Nouveaux bureaux, nouveaux collègues, écrans de télévision géants et plats: plus sérieux et crédible dans une rédaction, nouveaux téléphones, même si Christian Levrat, président du PS suisse, ou premier secrétaire, c’est selon, continuera à nous ignorer. Quelle poisse!

Nouveau Slogan: le nom reste, la radio change. But: vendre. Vendre oui, mais quoi.

On dit de la chimère qu'elle est lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu.

Et si vendre, c'est souvent mentir et ne pas mentir: souvent c'est se faire avoir. Alors, amis ou pas, auditeurs, autant se faire avoir, tous ensemble aujourd'hui.

 

«Tout ce que je sais des détecteurs de mensonges, c’est qu’ils donnent une sacrée frousse aux gens.» Richard Nixon

28/08/2010

Cordialité ou Brevitatis causa

femme_danaides.jpg28  août 2010

Corollaire prend deux "l". Les désillusions sont souvent amères, en a-t-on connu de délectables?  Non.

En vient-on à préférer l'espoir à la promesse non-tenue? Non.

Atteindre la vacuité est une tâche absurde. Une évidence. Comme celle de ne pas confondre Céline et Destouches.

Les Danaïdes se sont repues dans la grande roue. Les couleurs se sont mues. On aurait préféré le gris. c'est le noir et le blanc qui a gagné.

Ne me priez pas de croire. Ne me parlez pas de cordialité. Abusons de la ponctuation. Les Danaïdes n'ont plus soif.

 

Cordialement. Point, virgule.

27/08/2010

Celui qui se querelle avec un ivrogne frappe un absent

 

pendaison.jpg27 août 2010

Acta fabula est. Les rideaux se sont clos, ses yeux avec. L'acteur se sera finalement effondré, seul sur la scène. Obscène: qui n'a pas sa place sur les planches, où quand les planches servaient à l'échafaud.

La tempête s'est éloignée. Du tonnerre ne reste qu'un vague pouls arythmique. Du front du spectateur bien-pensant ne reste que des gouttes de pluie ou de sueur. La lame aura touché, le but atteint.

Vouloir réintroduire la peine de mort a suscité une vague d'indignations. On a débattu. La machine médiatique s'est affolé, ou fait avoir, c'est selon. Sur les blogs, sur les réseaux dit-sociaux, sur les lèvres des politiques et des journalistes; la honte a porté la couronne.

Mais qui, pour s'intéresser aux motivations de ceux qui ont déposé le texte? Qu'ont-ils vécu? Pourquoi? Le pouls arythmique est devenu asynchrone, et a fini par mourir.

Je me souviens avoir entendu mon grand-père tenir des propos racistes. Je me souviens avoir partagé un été avec un collègue profondément anti-frontalier. Je me souviens avoir demandé à Evelyne Widmer-Schlumpf comment comptait-elle s'en prendre à l'islamophobie.

Aux pourquoi, mon grand-père m'a répondu: l'adultère. Mon collègue: le chômage. Evelyne: quelle islamophobie?

"Comme si l'Histoire ne servait à rien" écrivait Pascal Décaillet. " Comme si tout, à chaque fois, était à recommencer". Je ne peux que lui donner raison.

 

Les rideaux se sont clos, ses yeux avec.



21/08/2010

La vacuité sémantique ou comment Sharon Tate a disparu.

pic.jpg21 août 2010

L'acouphène chronique couplé à un irréversible désir d'absorber du son, des notes, des mots, un sens; peut parfois vous pousser à allumer une radio. Le dit-médium doit être le moyen le plus efficace pour stimuler votre imagination. La presse écrite requiert des efforts, la télévision vous livre tout clef en main, vos amis ne sont pas intéressants, enfin pour peu qu'il vous en reste.

L'acouphène chronique marié à un désagréable sentiment d'angoisse existentiel récurrent vous pousse, lui-aussi à allumer votre "poste de radio", terme employé avant que l'ère numérique ne vous prive de ce geste fastidieux mais délicieux, que fût de tourner un bouton pour tomber sur la bonne longueur d'onde.

France Culture a produit cette semaine une incroyable rétrospective de Roman Polanski. Analyse de ses oeuvres, témoignages, extraits sonores. Réminiscence de Rosemary's baby, Répulsion, The Fearless Vampire Killers, le Locataire, le Pianiste et enfin Ghost Writer. Réminiscence pré-pubère de cette scène où Sharon Tate prend son bain dans une bassine, se frottant le dos avec une éponge, tout en sifflotant une comptine, qui ne s'avéra que plus funeste (entendez par là, l'arrivée du comte Von Krolock).

Il y a 41 ans, à quelques jours près, Sharon Tate était assassinée. Alors enceinte, on retrouvera le mot "pig" écrit avec son propre sang sur la porte d'entrée. Charles Manson avouera être l'instigateur, il sera condamné à mort, avant que la cour suprême de Californie ne déclare la peine capitale anti-constitutionnelle.

Le but n'étant pas de donner ici un cours d'histoire, mais bien de comprendre que rien n'arrive pas fatalité, tout arrive par coïncidence.

Et si Polanski n'avait jamais réalisé Rosemary's Baby, considéré comme satanique par Manson? Et si Bula (sa mère) n'avait pas péri à Auschwitz? Pourquoi sa soeur a-t-elle survécu? Roman Polanski aurait-il quitté la pologne? Pourquoi sont-ils revenus?

Souvent, en l'absence de tout logique, de tout fil, aussi fin qu'il soit, on se rassure par attribuer des causes à des effets. Les effets précèdent leurs causes. Parfois, j'entends des hommes et des femmes raconter leur vie comme si elle avait un sens, comme si tout était déjà en eux, en attente d'être réalisée. Parfois, je me demande à quel point la peur ne nourrit-elle pas cette addiction au sens, à la complétude.

La réponse est dans la question. Si Sharon Tate n'avait pas été assassinée, elle serait vivante. Ou pas, c'est selon... Rien.