21/06/2010

La vacuité du désir

robert-doisneau-1943-le-remorqueur-du-champ-de-mars-resized.jpg21 juin 2010

L’aptitude si particulière de vivre les événements autrement. L’occasion de rappeler à quel point, les esprits des hommes ne se mélangent pas. Par un jeu de l’esprit, ou d’une réponse à l’appel des sirènes, la réalité est distordue. Jamais on aura autant séduit en restant inactif.

Corollaire : on n’est jamais autant victime de la séduction que lorsque l’on est le principal auteur.

A force de plaire, on finit inéluctablement par mentir. Donner ce que l’autre attend, sans autre but que de se repaître d’une carcasse. Vidée, elle n’offrira aucune résistance.

Se ment-on ? Et alors. A quoi bon ? Laissez-moi le temps d’une dizaine de battements de croire à la réalité distordue.

On aurait voulu fuir la chasse, ne jamais se saisir du fusil, la proie tellement délicieuse.

«Promis», expulsera-t-il de manière expiatoire. Ne pas avoir, ne pas avoir. La possession avait déjà tué le désir. Il baissa donc son arme… et attendit que la proie ne se relève pour l’abattre de sang froid.

Ne pas avoir, ne pas avoir, se dira-t-il lorsque le poisson, noyé dans son sang, sera figé.

 

16/06/2010

Ne parlons pas d'argent ou le tourbillon de la vie

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16 juin 2010

"Une agression sexuelle entre enfants".

L'information ouvrira le 12h45 de la TSR, finira en sixième place du 19h30. Quant à la page principale de la Tribune de Genève, version électronique, elle y a disparu.

On appelle cela "l'actualité", je l'appelle le tourbillon de la vie.

Cette information, nous l'avions il y a une semaine. Nous nous sommes tus. Doit-on en parler et surtout quelles conséquences? Pour lui, victime ou agresseur, ou l'inverse. Comment en parler?

Nous avions choisi d'en parler pédagogiquement. Sans citer, sans rebondir sur l'actualité. Parler de prévention, avons-nous pensé. Et puis l'actualité nous a dépassé. Elle avait décidé de l'écrire.

Il fallait en parler, nul doute, mais comment?  L'actualité nous a dépassé, rattrapé, phagocyter.... et nous en avons parlé.

Il y a parfois des sujets que certains taisent. Un chapardeur de photos au Palais ? Un élu aux moeurs étranges? La schizophrénie de l'un, l'accointance douteuse de l'autre?

Reste la grande broyeuse. Elle broie, elle broie, elle broie encore. Nul ne s'en souviendra, ô combien la mémoire est sélective, ô combien l'un remplace l'autre, ô combien tout va si vite.

1,5. Les francs ont remplacé les euros. Le tapis est bien sale. Mais dessous, qu'importe!

 

L'actualité ou le tourbillon de la vie. J'aimerais parfois ... autrement.

 

 

 

 

 

 

14/06/2010

La vacuité doxique

K3.jpg15 juin 2010, prière de remplacer le carré blanc par votre photo.

Doit-on encore s'étonner de la doxa qui règne parfois à Berne et ailleurs?

Un jour, ne nous a-t-on jamais appris à se taire lorsque le propos était vide. Difficile exercice qu'est l'expérience du vide. La solitude est désagréable lorsqu'elle est qualifiée comme telle, m'a-t-on rappelé aujourd'hui. A force de craindre le néant, on le remplit par du vide.

Si la vacuité doxique n'est pas en soi désagréable au coin d'un bar, au détour d'un dixième Laphroaig 27 ans d'âge, ou dans les coulisses d'un candidat en pleine campagne électorale, elle l'est un peu plus lorsque l'on siège dans un agréable Falcon.

On aurait aimé que les faucons renaissent de leurs cendres, mais à confondre 2 millimètres avec les 1628 kilomètres qui séparent Berne de Tripoli, c'est n'est plus un faucon, c'est un radeau.

Au gré du vent, la méduse se laisse entraîner par le courant marin, espérant au passage aspirer quelques animaux planctoniques. Mais à quelle faim peut-elle bien répondre?

(...)

Ce week-end, le petit Jonathan, à peine 9 ans, nous a tous réclamé un franc à chaque insulte prononcée. On est bien loin des deux millions.

On aura du changé les règles, et remplacer le quolibet par le boniment. Jonathan serait alors destiné à un parcours brillant: scout dans ses jeunes années, traversée fulgurante à l'université de Saint-Gall, puis siège de Conseiller Fédéral.

Lui aussi, alors, aurait pu confondre 7 jours avec 695.

10/06/2010

La vacuité rédactionnelle

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10 juin 2010,

Parler pour ne rien dire est un exercice périlleux. Pourtant, elle est affaire commune.

A préférer être aphasique, certains préfèrent briller. Le diable se cache pourtant dans le détail, et Sirius n'en est pas dépourvu.

Des affaires, il y en a eu. L'affaire des infirmières, l'affaire Mitterrand, l'affaire Polanski, l'affaire Dreyfuss, l'affaire Woods, l'affaire Jackson, l'affaire Coleman (même si personne ne s'en soucie vraiment), l'affaire Ribéry (corollaire: Zahia), ou encore l'affaire Kadhafi.

L'affaire est un mot fourre-tout. Au même titre que changement, culture, concept, ou encore passion. La polysémie se perd dans la langue, la langue devient alors humide et gluante, alors qu'elle devrait être sèche et rugueuse.

Un merdiateur aurait pu dire Boris Vian. "Un expert" du monde arabe, disent-ils. Qui est-il? Quelle légitimité à le faire s'exprimer dans vos colonnes?  De concert, "un expert" répondent-ils.

Comme une vieille amante, l'expert s'exprime, parole d'évangile. Jean de Saint-Facond, né un 12 juin (coïncidence), sera reconnu pour ses talents de prédicateur. Les bras fatigués, l'usure du métier, dit le journaliste. La facilité rétorquera le naïf.

Reste les oies que l'on gave jusqu'à plus faim. A force d'être gavé, il ne vous croit plus, il ne vous lit plus. Lui aussi, devient aphasique.

De la nourriture pour cochons!

Le cochon s'est transformé en canard, à grandes cuillerées d'insipidité. Le ventre vide, ne discerne plus la différence entre "article" et "publi-reportage".

Le cochon, lui, de sa tour d'ivoire lausannoise, n'y pense même plus.

 

Un expert, m'a-t-on dit. Un expert.

 

 

 

 

 

09/06/2010

Mais Monsieur, pensez à ouvrir un bar!

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8 juin 2010,

A la question, mais Monsieur, pourquoi voulez-vous tant faire ce métier?

Les secondes avaient alors parues des heures, la tonne avait remplacé le grave aux Archives de France.

Sueur au front, ou mors aux dents, Antoine Lavoisier finira guillotiné. Yeux ulcérés, l'écume aux lèvres, Antoine (prénom fictif) se devait de répondre à P.N. (prénom tout autant fictif).

Faire un métier? se dit-il dans élan qui finira par le perdre. Faire?... Accomplir une action? Avoir l'air? Antoine n'allait sûrement pas discuter de la transitivité du verbe, son protagoniste attendait déjà la réponse.

Un héros distribuant héroïne au ciguë-dépendant. On aurait dit Ajax, aveuglé par Athena, massacrant le bétail de l’armée achéenne en croyant s’en prendre à ses guerriers.

Antoine finit de s'achever en expulsant: "parce que j'aime les gens".

"Mais Monsieur, pensez à ouvrir un bar!"

Le silence fut de plomb. Les années remplacèrent les secondes, une plume la tonne.

Aphone, Antoine regagna son reflet. A force d'avoir d'avoir le dos tourné, P.N. ne vit que son ombre.

 

"parce que j'aime les gens" répondit-il encore trois ans plus tard. P.N., lui, continue de faire.

 

07/06/2010

La vacuité "bis repetita placent"

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7 juin 2010,

Il est probablement de bon ton, de critiquer des promesses. Seront-elles tenues?  L'élongation effective de celles-ci n'est pas digne d'un catalogue Veillon, ou Védia, c'est selon l'origine sociale. On aurait en effet pu dire la Redoute.

L'élasticité de la membrane primaire est-elle électo-orientée? Qu'en sais-je?

A savoir si les visions de Genève sont sublimes? Non, elles ne le sont pas. "La nuit est sublime, le jour est beau" disait Kant. "La tragédie est sublime, la comédie est belle", rajouta-t-il.

Le sentiment du beau dégénère, lorsqu'y manque absolument la noblesse, et on le dit alors fade.

Le sont-elles? Oui.

La promesse de tenir toutes ses promesses est-elle fade? Non, elle ne l'est pas si l'intention de celui qui la formule est sincère. Nos sept sages le sont-ils? Pas tous.

Reste la carcasse. Une imposante carcasse.  Des maux sur lesquels, sans doute, ils se repaîtront. La politique est une guerre.

Mais ne vous déplaise, au final, je préfère des mots vides, que pas de maux du tout. Ils auront la mémoire courte, 2013 est si loin. N'en voulez pas à ceux qui gouvernent, plutôt à ceux qui les élisent.