16.05.2012
Les diagonales
Polaroïd 00 : 30
Je tire des diagonales alors que d'autres tirent des droites à l'équerre. Mes phrases se concluent par des "peut-être" lorsque les autres aboutissent par des "sûrement". A l'inverse, ils s'abreuvent des odeurs alors que je lèche les mots, souvent amers mais souvent justes.
Je préfère ma femme aux autres, lorsque d'autres choisissent le désir parce qu'il est plus facile de ravaler sa salive que sa langue. A réveiller mes propres sens plus que se vautrer sur des corps inanimés, je préfère nager que me noyer. Je suis, je suis, je suis. Il l'est.
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07.05.2012
Qu'enfin, nos oreilles puissent ouïr correctement
Polaroïd 23 : 01
Très Cher Monsieur Oppikofer, rédacteur en chef du magazine "Tout l'Immobilier,
J'ai cru tout d'abord avoir mal lu ou être victime d'une sombre drogue qu'une fille de l'Oural (ou d'ailleurs sur le continent africain, c'est entendu) aurait versé dans mon verre. Après double relecture, vos propos tenus sur un réseau social célèbre ne m'apparurent plus comme sibyllins. Vous déclarez "implorer" vos amis de Léman Bleu de disposer de sous-titres "en français" lorsque "c'est Medeiros qui parle". Entendons par ce nom, le raccourci qui mène à Carlos Saraiva Medeiros, conseiller municipal MCG et accessoirement vice-président du parti éponyme.
Et bien sachez que je compatis plus que sincèrement avec votre grief. Que l'on bannisse les lusitaniens des plateaux de télévision, que l'on coupe la parole aux gens de petite taille, si peu adaptés aux écrans plats de haute définition et enfin, que l'on corrige la balance des couleurs lorsque l'invité supporte un teint pâle ou blême. Censurons les toxicomanes des reportages de Temps Présent lorsque la logorrhée se fait vaseuse, changeons la bande-son de ce misérable accordéon tzigane et remplaçons-là par de la musette.
Qu'enfin, nos oreilles puissent ouïr correctement. Parce que confondre Sandrine Serono avec une autre magistrate, c'est du plus mauvais genre.
Bien à vous, Olivier Francey.
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04.05.2012
J'ai pensé à elle
Polaroïd 00 : 00
J'ai pensé à elle. Au fond de teint qui coule et au mascara qui déborde. Aux cheveux désordonnés et aux mots insufflés avec pudeur. J'ai pensé à la retenue, à la pudeur et aux gestes manqués. J'ai pensé à son sourire béat sur la plage, sur un vélo ou un tracteur et aux messages désordonnés. A l'insistance des virgules et la pesanteur des mots, aux fautes grammaticales reprochées en échange de contenu trop épidermique.
Aux silences soutenus, aux vérités avalées et aux protections linguistiques. A cette façon si particulière de nier, de mentir parfois et de se taire souvent. Aux moments, à l'instant si infâme parce qu'éphémère. Aux jeux, à la honte et aux masques.
J'ai pensé aux dîners ratés, aux ambitions coupées, aux soirées noyées dans l'ennui. A la jouissance des absurdités et du désir. N'ai-je pas souri alors? Peut-être. Un regret. Certainement.
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01.05.2012
Dopplegänger
Polaroïd 00 : 23
Rares sont les moments de vérité. Fréquents sont les instants où, enfouis sous les larmes ou les centimètres de fond de teint, sous la soie ou la dentelle, sous les mots usés et les verbes écornés par l'habitude, ils s'adonnent à la trahison. Qu'elle soit d'épiderme, de lexique ou de gestes. Le moment est précieux, surtout qu'il sera nié. Si rapidement. Enfin! Une faiblesse sur un tapis de mensonge cristallin. Enfin un évitement, une faille, une rature. Contre tout ce qu'ils prétendent, s'épanchant dans la honte vite oubliée.
Sa main droite sur sa taille: "Je t'emmène voir un documentaire". Sa main gauche ailleurs. L'inverse étant tout aussi vrai. Son regard là-bas alors que son corps dit ici. Celui-là même qui se ferme alors qu'il se prétend proche. Les exemples ne manquent pas. Les trahisons sont si délicieuses lorsqu'elles s'attrapent. Il fuit et bat retraite, alors qu'elle évite et esquive.
Le jeu est si délicieux. Mais terriblement ennuyant. Presque? C'est bien cela le pire. De se dire qu'on leur ressemble.
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24.04.2012
Le dos tourné
Polaroïd 00 : 30
Comment ne pas les apprécier ces gens-là. Ces gueules d'apôtres qui ne font rien de leur dix doigts, les autres dont l'oeil divague à chaque apparence sociale se saoulant avec du mauvais vin. Les amoureux du verbe ciselé et des mots assassinants. Boris Vian? J'aime. Woody? J'adore. Dior? Aussi.
Comment ne pas aimer leur sourire si peroxydé, leur main amicale sur votre dos courbé, les clins d'oeil à la sortie d'un ascenseur. Avec eux, même le crachat semble délicieusement liquoreux, avalé dans un dégurgitant mouvement de langue. Le tutoiement? Une marque indélébile d'affection. Celle que l'on chérit, que l'on garde précieusement. L'air nigaud ou hagard, le sourire niais de découvrir enfin que l'on puisse nous apprécier.
Préférer le piédestal aux catacombes, la lumière éphémère aux néons moites et scintillants de l'incertitude. Même les humides échanges du petit matin vous attendrissent, sous prétexte qu'il se peut qu'on se soit trompé. Même paresseux, tant qu'elle semble avoir pris plaisir.
Tout est bon le dos tourné. Même elle. Même lui. Même eux. Posture délicieuse lorsque l'autre se retourne aussi. Ce moment de grâce lorsque les pupilles s'entrechoquent, laissant place à une subite aridité des glandes salivaires. Lorsque les mots, ainsi cryogénisés dans des gorges étroites laissent le silence parler de lui-même. Ce devrait être le succès de la justice alors que ce n'est que la victoire du rien. Parce qu'ils ne changeront pas.
Ils continueront, le dos tourné à coller leur épiderme poisseux au votre. Si ce n'est que ce ne sera pas alors votre dos qui leur sera présenté. Non.
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19.04.2012
Remplir
Polaroïd 23 : 23
Il faut savoir apprécier l'aube à sa juste valeur. Les corps qui se rapprochent sur de la musique populaire, les sourires figés par un collagène mal implanté de femmes dont la finalité apparaît à la lumière sensiblement contraire à ce qu'ils avaient aspiré. Malheureux sont-ils à n'avoir pas su supplanter la vulgarité et la franchise de leur désir.
S'affranchir des groins est certes difficile. Ils s'aiment beaucoup trop dans leur propre reflet.
Mais quelle joie de ne désirer qu'elles. Quand on ne pense qu'aux autres. La suprématie éphémère, est certes belle. Mais surtout terriblement navrante. Qu'importe. Remplissons. Remplissons. Remplissons pour n'avoir surtout rien à regretter. Ce serait si, primaire.
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17.04.2012
Paléo: les cons et les autres
Polaroïd 14 : 55
Chaque année, c'est la même chose. La rengaine élitiste concernant la programmation du Paléo Festival. Elle est prétentieuse, dénigrante, mais surtout insupportable. Eux? Ils ont tous compris. La musique? Ils connaissent, ce sont des experts. Les experts du bon goût. Vraiment, a contrario de la masse, du bon peuple. Des cons.
Je leur rappelle que le Paléo n'est pas une manifestation dont la présence de chacun est obligatoire. Je leur rappelle qu'on ne les entend pas souvent hurler à la mauvaise programmation des autres festivals et des autres salles. Je suis curieux de savoir à quand remonte leur dernière apparition dans une salle de concert.
En fait. j'aimerais surtout qu'ils se taisent.
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14.04.2012
Les vierges étroites
Polaroïd 01 : 27
Quel délicieux plaisir que de lire les gens s'entre-tuer sur l'anonymat des auteurs des commentaires sur les blogs. Le débat est stérile, quasi infécond.
D'une part, aux auteurs de modérer leur blog, il en va de leur responsabilité. De l'autre, aux hébergeurs de censurer les commentaires insidieux non-filtrés. S'il faut une toute-puissante morale, qu'elle existe. Qu'elle sanctionne et qu'elle censure. Fichtre. Qu'elle assume!
Mais que Diable, qu'on arrête de nous distribuer la sacro-sainte soupe de la liberté d'expression. Elle est déjà quasi morte. Si elle ne l'est pas, elle est froide, lisse, gélatineuse et insipide. La liberté d'expression? Elle réside partout ailleurs. D'accord, dans des réseaux sombres et peu fréquentables, c'est la règle du jeu. Et quand je dis partout, c'est partout. Ne me dites pas que vous ne l'avez pas trouvée. Quelles que soient vos opinions, de gauche, de droite, d'extrême ou bien plus obscures, la plate-forme existe. Cessez de jouer les vierges étroites. Cessez de hurler, vous êtes terriblement agaçants. On ne vous a forcé à rien, et vous chantez faux.
Le jeu? On y joue en acceptant les règles. Ou alors on les viole. Mais on ne se lamente pas. Non. On ne se lamente pas.
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13.04.2012
L'épiderme ment rarement
Polaroïd 02 : 00
On ne lave jamais son linge sale en public. C'est pourtant ce qu'on nous a toujours appris. Dieu sait si le conseil était avisé. Il le sait. Il était avisé. Dieu sait si on ne le croit pas.
Aujourd'hui, on s'en fout. On nettoie, on karchérise, on lave, on venge, on conspue. C'est bien pratique l'anonymat, c'est bien pratique les réseaux sociaux et les sms. Quitte à se taire lorsqu'il faut parler, quitte à changer de trottoir, quitte à faire appel au regard fuyant ou aux messages sibyllins. Serait-ce une erreur de penser qu'il ne s'agit que d'un manque de courage? Les relations ont-elles muté à ce point?
On aime les images, on désire les représentations, on salive sur des images d'Epinal, on bute sur les défauts ou des vilains problèmes de peau. Les fautes sont des gouffres, les faux-pas des erreurs. Une chose est sûre, les représentations numériques sont des mensonges.
Qu'importe, ce n'est amplement pas suffisant pour s'inviter à un échange de substance caféiné. Pas plus pour une communication verbale. C'est tellement facile la haine numérique. C'est tellement facile le lynchage numérique. C'est tellement facile les échanges laconiques qui se transmettent en bits.
C'est surtout tellement navrant lorsqu'il s'agit de se mélanger. L'épiderme ment rarement. Ceci dit, qu'est-ce qu'on en a à faire, lorsqu'il existe des sites pour cela?
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11.04.2012
La dilution politique des responsabilités
Polaroïd 00 : 31
La tendance est la hausse. On dénombre plus de 700 personnes affiliées de près ou de loin à la communication (parfois interne) à Berne, pour environ 120 journalistes. A Genève, ils se multiplient aussi (Rassurez-vous, les communicants, pas les autres). Rares sont les conseillers d'Etat qui vous répondent directement, rares sont les services qui outrepassent leur sacro-service de communication. On est pas loin de passer par le formulaire AR-123 pour chaque infime demande.
Un fait est limpide: les buts que visent d'une part les "officiers de communication" et les journalistes sont bien différents. Les premiers espèrent faire passer leur message lorsque les deuxièmes sont censés recueillir les faits et des réponses. Sans réelle surprise, les intérêts des uns croisent parfois ceux des autres. Ne soyons pas dupes, au final, il ne s'agit souvent que de savoir qui de l'un ou de l'autre se fera abuser. Ni plus, ni moins.
Reste que cette relation (somme toute relativement malsaine lorsqu'elle effleure la connivence, pire l'amitié) devient de plus en plus compliquée. Sûrement parce que la communication est devenue sans surprise une arme politique, bien plus efficace que la compétence. Et parce n'importe quelle information, mal ou faussement relayé par un média n'est pas sans conséquences. D'accord.
D'autres pistes semblent également se dégager. Soit l'effroi suscité par la question est réelle, soit le journaliste n'effraie plus personne. Dans le premier cas, rien ne vaut la dilution de la responsabilité politique dans une hiérarchie tout aussi vaseuse, où personne n'est responsable (ou au mieux, tout le monde l'est un peu moins). Dans le deuxième, il n'y a plus rien à espérer.
Ah si. Que le journaliste outrepasse les services de communication. A défaut d'espérer qu'ils soient compétents.
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09.04.2012
La corde
Polaroïd 02 : 00
Elle ne regarde que l'essentiel, parce qu'elle l'a dans la peau. "C'est l'apanage des abandonnées", devrait-elle se dire. Elle s'en défend pourtant. Avec véhémence, convaincant l'assemblée, la horde. Alignés comme des moutons attendant l'abattoir, ils s'avisent à imaginer, alors qu'elle manie déjà la faux. Ongles manucurées rouge Dior, et politesse rive gauche lointaine. Elle préfère les charnelles odeurs aux acerbes effluves synthétiques.
On devrait lui reprocher l'utilisation de sa féminité exacerbée, elle s'en fout. Elle veut de la réactivité épidermique, de l'inconscience amoureuse, pestant avec vigueur contre la langue, les mots, les concepts. Elle suinte lorsque les autres retiennent. Délivre quand d'autres gardent, lâche quand il faudrait serrer.
La corde, ce n'est pas sur le cou des autres qu'elle l'enroule.
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05.04.2012
Pourquoi faire, déjà?
Polaroïd 23 : 59
Ses lèvres empourprées semblent trop souvent s'accrocher à la pellicule invisible qui recouvrent ses cigarettes. Les quelque esprits encore lucides qui se cachent derrière des volutes de fumée disent souvent qu'elle a trop aimé la vie. La vie lui est poisseuse. Et elle a su riposter. La vie. Pas elle, elle est bien trop bête.
Des cratères violacés, des gerçures aux allures de cicatrices quand elle aimerait que ce soit des rides. Mais les rides, elle ne les compte pas en plaisir, elle les comptent en échec. Les mélodies n'apparaissent qu'à son esprit, c'est une autre mélopée qui résonne dans son corps. Pas même celle de la haine, de la revanche ou de la douleur. Celle de l'ignorance, celle du vide, celle de l'habitude. Là où on s'acharne à trouver des explications, il n'y a que de l'incompréhension. Là où l'on s'attelle à creuser, on continue à creuser. Là où l'on cherche des causes, on ne trouve que des vides.
Lorsque les échanges se limitèrent à des mots d'une banalité culpabilisante, ils finirent pas se transformer par des regards faussement complices. Jusqu'au jour, où les phonèmes et les mouvements du muscle droit supérieur d'un oeil gauche s'éteignirent.
Et vint le jour où l'on changea de trottoir. Sans un remords, ni un souvenir. "Pourquoi faire, déjà?"
It's hard to explain
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03.04.2012
La sertitude
Polaroïd 23 : 08
Je cumule les communiqués de presse, j'arrose. Tout est bon dans l'actualité pour me faire parler, la bave aux commissures de lèvres, je rebondis sur tout et sur rien. Comme les tentatives itératives de m'envoyer dans les draps ou m'enrouler dans ses bras, l'une d'entre elles acceptera bien de m'accueillir, pour une seconde de plénitude ou un instant d'humanité.
J'houspille les passes à 4'000 francs. De ses dents jaunies par une consommation excessive de tabac, elle sourit. Elle. Elle se fait 300 à 400 francs par jour. Les projets de réinsertion dans son pays? Elle les balaie d'une main manucurée. Pas toutes, c'est certain. L'une d'entre elles, sûrement. Une dizaine au bas mot, dit-on.
Qu'importe. Dans le faux ou dans le vrai, dans les ignominies et les vérités, je communique. Je sers la cause. Je sers. Fort. Ma cause.
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01.04.2012
La stratégie de l'échec
Polaroïd 23 : 43
Difficile de suivre les propos de Fathi Derder ce soir sur la RTS.
L'UDC? "On en parle trop", vitupère le libéral-radical qui salive pourtant l'essentiel de l'interview à l'évoquer. "Quitte à perdre des voix?", questionne la journaliste. "Oui", rétorque le conseiller national. "Il ne fallait pas présenter un UDC qui exclut", commente Fathi Derder. La machine est lancée: "Constat d'échec, échec de la stratégie ou encore constat d'échec de la stratégie". L'auditeur aura compris: la droite s'est plantée aujourd'hui.
La défaite? Le prédicateur Fathi Derder le savait: "Cela fait douze mois que je le dis", expulse-t-il. "Lui qui ne fréquente même pas ses propres assemblées", rétorque Claude-Alain Voiblet. "J'avais un énorme dossier à défendre, celui de la révision de la loi sur la recherche. Quand on est élu à Berne, il n'est pas nécessaire de toujours vouloir mettre son grain de sel dans une politique cantonale", répond l'ancien journaliste. L'échange est piquant.
Pour autant, Fathi Derder s'engonce dans le paradoxe quand il souhaite que son parti ne s'acoquine plus à l'UDC, quand il promeut la fierté de revendiquer d'appartenir à une droite "libérale et humaniste". Pourquoi? Parce que le PLR ne peut que difficilement gagner sans l'UDC. "Qu'importe, répond Fathi Derder. Je ne fais pas de la politique pour être réélu", dit-il.
Chapeau bas. Que Fathi Derder s'en fiche d'être réélu, peut se défendre. Mais son parti, lui s'en fiche-t-il? Pas sûr. Mais je dois me tromper. On ne fait pas de la politique pour gagner.
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31.03.2012
La répulsion
Polaroïd XX : XX
Qu'elle est suave cette haine-là. La salivante qui ne naît de rien, d'une perception désagréable, d'une épidermo-incompatibilité. A croire que les gènes s'insupportent. Lorsque même cette odeur (un gel douche Axe ou un vieux Guerlain) expulse les aliments, pourtant fortement agréablement ingurgités vers l'oesophage. L'aversion du rien, l'antipathie du tout.
Les essais itératifs de relative amitié se soldent par des syncopes vaso-vagales, les mots échangés par des incompréhensions, des tentatives par des ratages. On a beau se dire au fond, là, quelque part, qu'il n'est pas si laid. Rien n'y fait.
Même le rouge des lèvres ainsi humectées est repoussant, même l'extrême maigreur du bout de tissu pousse à l'évacuation de toute velléité de désir. Alors qu'on devrait succomber aux essais répétés, on ne fait que faillir à ce sentiment. La répulsion.
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