11/06/2013
Qui chevauche en silence
Polaroïd 12:21
Ne jamais rompre le fil. Quelles que soient les distances, les haines surannées, les rancunes des abandons de l'aube et les trahisons de la nuit. Pas les vraies, pas les épidermiques. Ils en discutent sous couvert d'ivresse mais se trompent pour la plupart. Elles blessent. On égratigne les cosmétiques, pas la peau.
Ne jamais rompre le fil, même si les draps défaits ressemblent à des batailles perdues. On n'oublie pas les mots, on ne délaisse pas les numéros comme on se déleste des feuilles de papiers, griffonnées à l'orée des néons.
Ne serait-ce que pour différencier l'animal, de l'animal aimant. Hideux et avachi, certes. Mais fidèle.
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07/06/2013
Et alors?
Polaroïd 00:13
Mais comment ne pas aimer tes commentaires. Toi qui réagit si épidermiquement à chaque sujet d'actualité que tu comprends. Ainsi coulent le fiel, l'indignation, au son du battement de tes palpitations cardiaques. La pression monte, je te comprends. Membres massivement irrigués, si seulement une certaine insatisfaction sociale te faisait parler. Si seulement, tes tripes te faisaient régurgiter quelques syllabes. Dommage que ce ne soit que la bêtise. J'attendais de toi au moins la haine comme carburant.
Mais non. Tu as choisi de crier, la salive blanche aux allures de décor de lèvres. Celles-là qui ne cessent de s'écarter pour hurler à la lecture de la première ligne. Parce qu'au final, qu'importe les secondes. Lignes, j'entends. Un seul mot clé et la machine s'emballe, les mots t'échappent, partant du principe que tu les comprends.
Rassure-toi, tu n'appartient au premier cercle, non toi, tu caresses le deuxième. Celui de ceux qui disposent d'assez de connexions neuronales pour faire semblant. Avec pour seul but, de prétendre à montrer que la réflexion a précédé l'action. Ton signet favori, après youtube ou youporn, reste le dictionnaire des synonymes. Pas celui de l'université de Caen. Non, celui de "linternaute.com".
"Et alors", me questionnera-tu. "Oui. Et alors", te rétorquerai-je. Je te donnerai raison. A quoi bon réfléchir.
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01/06/2013
L'évier
Polaroïd 00 : 23
Douce mélopée des verres, que l'on tintille délicatement avant de s'abandonner à la percussion. On lâche les caresses pour la confrontation. Physique? Affirmatif. Les masses en mouvement qui s'entrechoquent, l'attraction maladroite des corps avachis par tant de gravité. Entre temps, quelque accolades nocturnes suffiront à rassasier l'animal, avant qu'il ne cède aux moites caresses et aux paillettes couleur rubis. De celles qui s'abandonnent sur le col des chemises. Blanches? Cela va de soit. Toute trace devra disparaître au petit jour. A la paille? Vous plaisantez? Au Kärcher, au dissolvant, au fongicide. On n'aura jamais vu autant un homme vouloir se liquéfier, pour espérer enterrer ses nuits dans un évier, un trou béant au fond d'une baignoire acrylique, à faire pâlir celle de l'hôtel Etap.
Le matin venu, nul doute qu'il s'enfournera dans vos bras. En témoignant, la main gauche sur le coeur, mugissant comme un soldat féroce. Avec un peu de chance, il lancera un de ses "je t'aime". Alors blottie, elle rétorquera idiotement par un sinistre glapissement. Alors qu'on aurait préféré qu'elle s'étouffe.
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30/05/2013
Ces si petits riens
Polaroïd 20 : 20
Je le regarde. Le col serré, la peau moite et perlée de ces gouttes de sueur légèrement avinées. «Du vaudois», me dis-je alors. Le double-menton est agité à intervalles réguliers de spasmes frénétiques. Il rit. Ah?
Je ne peux m’empêcher de regarder ce maudit bouton de chemise prête à exploser. J’y pense. Fasciné. Lui, persiste dans le regard moitié vitreux, moitié pervers, les dents lavées à la fange. L’air porcin n’est pas rafraîchissant mais suscite néanmoins une vague empathie. Là. Quelque part. Au fond de l’estomac.
Je l’écoute. Oh oui, je l’écoute. Il me dit que le trac, «il ne connaît pas». J’ai envie de lui répondre que cela viendra avec le talent. Il me demande alors «à quoi on reconnaît le talent».
A la colère.
20:37 Publié dans Rien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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24/05/2013
Essayez de nourrir un chat
Polaroïd 00:54
Regardez-moi. Mes pieds, mes ongles vernis, mon visage, mes nuits ou mon chien, je m'en fous. Violez ma sphère privée, ou violez-là tout court, tant que j'existe. Tant qu'à faire, autant désirer l'existence numérique. Les mots remplaceront les lèvres que l'on écharpe, et celles que l'on déchire. Je me prélasse de la douce mélopée des mots, des 140 caractères, gorge et trachée béantes. Faites-moi exister de vos regards doux et de vos regards posés. Je veux entendre la douce mélopée avant de me coucher. Et vous livrez ces derniers instants, en vous laissant légèrement suintants.
Regardez-moi. Moi, moi, moi. N'importe comment, n'importe où. Dites-moi que je suis beau. Dites-moi que je suis belle. Je veux l'attraction sans la gravité. Sans les habitudes, sans efforts, sans salive.
"Essayez de nourrir un chat. Et il vous adoptera." Oui. Done.
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05/05/2013
Et alors?
Polaroïd 23 : 12
Les connivences de caniveau. Celles qui se traitent à la bonne parole, aux idées vraies, au siège du sage, à la raison. Aux alliances, aux chevalières rubis taillés en trois points, aux répartitions de territoire tant qu'on bouffe le dessert. L'abricotine? "C'est pour moi", lancent-ils toutes dents dehors.
Les autres bouffent du bitume. La distribution de muguets, la bénédiction des motards, les manifs au parlophone, la stigmatisation facile, les roses et encore les roses, les ballons ou les abonnements téléphoniques offerts aux premiers connectés. Oui d'accord, les hurlements, les aboiements, les coups médiatiques. Et alors?
Nul doute que ceux qui siègent, le derrière confortablement bien assis, méritent la chaise. Probablement. Ils ne sont pas tous crétins, Dieu soit loué. L'arrogance de la hauteur ne les a tous pas encore atteints. Quant aux autres, ils demeurent les premiers à hurler au populisme. C'est à ça qu'on les reconnaît. Ils ne sont pas plus malhonnêtes que les autres. Ils jugent juste qu'ils n'ont pas besoin de fouler le pavé. C'est tout. Mais c'est déjà ça.
Et à ceux qui se demandent pourquoi préférer les fâchés? Parce qu'ils nous font rêver. Un jour. Jamais. C'est pareil.
23:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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03/05/2013
Cours de communication
Polaroïd 20:57
Lektion eins.
Elaboration du message. Simple, voire très simple (une idée, une phrase, un slogan) et compréhensible pour la cible. On ne parle pas aux roturiers comme on parle aux bourgeois.
Lektion zwei.
Choix de la cible. Rien ne sert de convaincre les convaincus. Rien ne sert de convaincre ceux qui ne le seront jamais.
Lektion drei.
Maximisation du nombre de personnes atteintes par le message émis, au vu des moyens à disposition. Moins d’argent est souvent synonyme de plus d’idées. N'hésitez à forcer le trait, vous mettre tout nu, ou dire des gros mots.
Lektion vier.
Relayer les critiques des adversaires peut s’avérer utile. Posture d’attaqué à privilégier. La rumeur dit que les "gens" préfèrent les victimes aux bourreaux.
Lektion fünf.
Ne pas hésiter à mentir. Une majorité croit toujours à l'adage "Il n'y a pas de fumée sans feu". Pratique, facile, pas cher.
Lektion sechs.
Ne pas perdre de vue son but. La victoire. Si cela doit passer par des assassinats, coups bas et autres subterfuges, surtout ne pas hésiter. Qu'importe les biens-pensants. Qu'ils écrivent des livres pour dire tout le mal qu'ils pensent des mauvais joueurs.
Lektion sieben.
Il s'agit de gagner. La seule intéressante question: c'est pourquoi?
21:11 Publié dans Rien | Lien permanent | Envoyer cette note
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28/04/2013
Chelsea Hotel no2.
Polaroïd 22 : 35
Il n'y avait pourtant aucune goutte de pluie sur les vitres de l'appartement. De celles qui s'entremêlent, qui se mélangent, glissant lentement avant de s'écraser. Même la panaflex 35mm n'en aurait pas voulu. La scène n'est pas assez cinématographique.
"Je regarde les voiture qui passent", se justifie-t-elle. Rouge, vert, orange, rouge. Puis vert. Orange. Rouge. Lui, regarde ailleurs.
"Avant, je serais allé la serrer. Avant, j'aurais été la serrer", pense-t-il. En silence, avant de lui propose de se coucher.
22:41 Publié dans Rien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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19/04/2013
La porte close
Polaroïd 00:33
Ils prénommèrent le phénomène "l'effet de masse". Quand il faudrait le prénommer l'effet de la porte fermée. Celui de ce professeur de psychologie n'ayant pas daigner clore les portes de l'amphithéâtre où il délivrait ses cours, et où ses élèves, dans l'attente chrétienne de la leçon, n'osaient pas ouvrir les portes ainsi closes. Mais pas verrouillées. Alignés comme des moutons, rares furent ceux qui essayèrent d'y apposer une quelconque pression.
Pas facile de résister aux persiflages, aux langues qui se lèchent parmi, et aux murmures. Quelle difficulté de nager à contre-courant, surtout lorsque tous les indicateurs sont au rouge. "Facile", expulsent les médiocres rebelles, estimant que toute posture révolutionnaire est juste, et que chaque aveugle a le droit aux visions.
Dans l'ombre des autres, on panse ses plaies à grosses bouchées d'anti-dépresseurs, de Xanax, de Midazolam ou d'objectifs à atteindre. On s'annonce unique, singulier ou spécial. On crie, on critique en ne manquant pas de livrer salive. Babines hurlantes béantes.
Mais alors, quand il faut brûler son épiderme au grand soleil, on se réfugie sous les caps et les diarrhées verbales. Ben ouais. Ca brûle.
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21/03/2013
I >3 PDC
Polaroïd 02 : 00
Mais que se passe-t-il au PDC?
Commençons par utiliser ses doigts. Delphine Perella-Gabus part au MCG avec la conseillère municipale Sandra Golay, accompagné de l'ancien conseiller d'Etat Philippe Joye. Sanja Lopar jette l'éponge pendant que le démocrate-chrétien lancéen, Sébastien Grosdemange, directeur du service juridique de la police genevoise quitte le navire. Dernière défection en date, le départ d'Ornella Grillet, co-présidente de "jeunes" femmes PDC, qui rejoint les troupes du PS.
Je sais compter. Ils sont six à avoir déserté le navire démocrate-chrétien. "Si nous devions virer de bord à chaque fois qu'un membre mécontent ou déçu quitte le bateau, ce serait inquiétant", avait lancé la présidente du PDC, Béatrice Hirsch. Ben ouais quoi? Pour le nouveau chef de groupe au Grand Conseil, le député Vincent Maitre, "on oublie l'arrivée de 46 nouveaux membres". Parfait. Vive l'arithmétique. 46 - 6 = 40.
Loin de moi l'idée de critiquer la bonne ambiance qui règne, cela va de soit, au PDC genevois. Ni d'imaginer que le bon docteur Morel, feu chef de groupe des démocrates-chrétiens au Grand Conseil invité à saisir la porte (pardon, poliment invité à renoncer à sa fonction) n'ait été cordialement poussé à l'ouvrir, cette foutue porte. On est pas à une valve près, c'est vrai. On n'est pas non plus à une place sur une liste.
Y'a rien à voir. Tout va bien. Les médias sont vilains. Vraisemblablement instrumentalisés par les citoyens genevois. Et l'appât du sang et des scandales. Si nous devions virer de bord à chaque fois qu'un membre mécontent ou déçu quitte le bateau, ce serait inquiétant, non?
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18/03/2013
Des petits riens
Polaroïd 20 : 45
On se rencontre, puis se quitte. Il paraît que l'on s'y habitue. On s'y habitue, en effet, quoi qu'on ait pu dire, un jour une fois. En lançant des jamais, des toujours, au soleil brûlant l'horizon. Les écorces se débarrassent des stigmates des amours dégoulinantes, aussi naturellement que le temps passe. La première désillusion écorne, la deuxième griffe, la dernière caresse.
La peau sillonnée, les yeux fatigués mais lumineux, elle en parle toujours. Encore aujourd'hui. De lui. "C'était lui et rien d'autre. Je l'ai juste raté", murmure-t-elle l'esprit embué par ces neurones rebelles, de la race de ceux qui préfèrent mourir, avant. Tout en caressant son alliance. Tout en caressant son alliance.
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15/03/2013
Les yeux vitreux
Polaroïd 00:07
Elle n'avait l'air de rien. La politique ne l'intéresse "absolument" pas, selon ce qu'elle a pu dire entre deux caresses de pelage de chat. Dents blanches minées par une consommation excessive supposée de tabac, elle ne s'étendra pas plus sur le sujet. Enfin, presque. Pas de doute, ses votes se portent vers la gauche, se dit-on naïvement avant qu'elle n'expulse, si naturellement, deux ou trois phrases en totale contradiction avec la supposition. Il ne faut jamais supputer des orientations politiques, se remémore-t-on avant qu'elle ne s'abandonne. Sur ses peurs, sur ces vérités qu'on expulse comme on commande un café ou comme on se lave les mains après s'être délesté de la "dernière" Grappa.
L'avis est si tranché. Pure comme les lignes des diamants taillés, l'absolu bleuté des pupilles, bien évidemment dilatées, qui en disent beaucoup plus que son taux d'alcoolémie. Nul besoin de discuter de l'ouverture des rideaux quand la pièce est connue. Scénario au cutter, bétonné à la haine ou à la douleur, à l'injustice clamée. Si glacial qu'on finit par relier les deux extrémités. La gauche de la droite. Comme une rengaine incarnée. Mais si palpable lorsque, bouche ouverte, elle nous fixe, de ses yeux vitreux.
Terrifiant. Délicieux? Pas sûr. Vraiment pas.
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13/03/2013
Je sais
Polaroïd 00:00
Quelle putride démangeaison d'évoquer la vie privée. Quelle jouissance de dire qu'on sait et quel pouvoir de le faire savoir, comme autant de caresses que l'on se prodigue comme on caresse les poils d'un chat, qui ronfle à chaque doigt qui le touche. On a le chat qu'on mérite. Le nez écrasé, les fosses nasales obstruées qui suintent. Quoi de plus normal, quand son fond de commerce se vend au nombre de sourires gluants et à celui des dents blanches alignées. Des poignées de mains humides et des rires qui résonnent dans l'enceinte des cabinets.
Jouissance quand il s'agit de dénoncer les privilèges ainsi supputés, alors qu'on a pas foutu un doigt dans l'engrenage, ni visité le 40 m2 de l'ancien élu. Ah oui, pas besoin de le visiter. Le con n'a pas souhaité nous répondre. Tant pis pour lui. Sa main tremblante est un handicap, il n'avait qu'à la régler, cette foutue déficience. Merde, le peuple l'avait élu. C'est vrai, pas besoin d'en savoir plus. J'ai déjà avalé et pas une ombre d'envie de régurgiter. Non. Pas une ombre.
Aucun désir de savoir si l'heure est exacte, qu'importe la régularité de l'aiguille, sur cadran noir et blanc, tant qu'on connaît sa provenance. Donnez-moi de la morale, des corps qui se mélangent, malheureusement au pied du Salève ou près de l'Arve. Ou des partis de badminton l'après-midi près de Lausanne. Donnez-moi des portes qui se ferment, tant que je n'ai pas vraiment à les ouvrir. Juste parce que je sais. Oui, je sais. Et je vous le dis. Croyez-moi. Je sais tout.
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27/02/2013
Regardez-moi ce crétin
Polaroïd 00 : 03
On a toujours l'air complètement crétin face aux larmes. Toujours. Légèrement désarmé, les lèvres closes, les syllabes lourdes. L'air si niais tant on tente de dissimuler à quel point les gouttes de pluie violent notre épiderme. Comme j'aimerais être un canard alors que je ne suis qu'un poulet. L'imperméabilité me fait tant défaut.
J'aime beaucoup les cons, parce qu'ils suent, parce qu'ils transpirent, parce qu'ils puent. Qu'est-ce que j'aimerais moi aussi suinter. La colère, l'incompréhension, l'anxiété et la haine. Alors que je leur ressemble tant. La différence? Je nie. Je parjure, je crache à même le bitume jurant sur la tête d'un ami proche ou d'une vieille grand-mère déjà enterrée. Et s'il faut l'enterrer une deuxième fois, allons-y!
On ne demande que très rarement pourquoi on est en colère. Non, on ne demande pas. Par pudeur? Non, vous plaisantez. Par couardise. Par pure couardise. On se tait. On attend. Quoi? D'être un peu plus vrai. Juste cela. Juste. Cela.
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20/02/2013
Enfin
Polaroïd 1 : 00
Enfin. Un peu de nudité, d'os qui s'entrechoquent, de chairs qui se bousculent et de salives qui se mélangent. O, rien de très charnel, juste du frottement, de la tellurique. Du non-filtré, des pudeurs qui explosent. Quelle jouissance à constater, comment les langues s'étalent comme de délicates masses visqueuses, lorsqu'il s'agit d'aborder les désirs. Les envies et les frustrations. L'horizon dégagé et la liberté des possibles contre la porte étroite et la supposée ruelle sans-issue. Ils et elles ont alors tous des opinions. Des avis. Ils et elles font presque tous des choix, sans pour autant, tous, les assumer. Ou alors ils et elles courbent l'échine espérant secrètement que la vie décide pour eux. Sécrétions un peu sèches, on peut l'accorder. Ils et elles ne sont pas tous pareils, bien sûr. On en croise. De ceux qui résistent, qui suscitent les rictus à demi déguisés. Dont on se moque. A tort. Pour sûr.
D'autres font semblant. Il faut bien s'occuper. C'est quand même long toute une vie. Aux allures de Tetris, dans un sombre cabinet, il faut remplir. Des vides parfois lorsqu'il s'agit de remplir des manques mais essentiellement des trous. Ceux là mêmes qu'il suffit de combler. Avec du rien, souvent. Mais quel délice!
Donner du sens. A n'importe quel prix tant qu'on existe, même si tout cela tient plus de la reconnaissance. Ce serait si bête si tout cela. N'avait aucun sens. Ce serait si absurde, non?
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